Si le SNE se réjouit de l’obtention d’une réévaluation de nos salaires, il ne peut nier qu’il était temps de s’abreuver. En effet, la profession sort d’une longue traversée du désert en matière de rémunération.

Une longue traversée du désert

Le SNE l’a longuement répété : le métier était smicardisé depuis des années. Pour preuve : voilà des décennies que nos salaires stagnaient, à quelques exceptions près (revalorisation ponctuelle des jeunes PE qui entraient dans la profession pendant que les vétérans étaient oubliés une fois de plus). Pas étonnant que nos salaires soient inférieurs de 17% à la moyenne de l’OCDE ; et même 54% inférieurs aux salaires allemands ! Pour être précis, c’est en 1981 qu’il a commencé à faire soif. En effet, depuis cette date, le pouvoir d’achat des instituteurs / professeurs des écoles baisse. La source s’est tarie. Et entre 1981 et 2004, on a enregistré 20% de baisse du pouvoir d’achat. Certains économistes s’étant penchés sur la situation vont jusqu’à dire qu’il faudrait réévaluer le salaire des enseignants de 40% pour retrouver les mêmes conditions de vie que les enseignants d’autrefois. La revalorisation proposée par le gouvernement que nous avons traitée maintes fois n’est pas la lance d’incendie promise mais plutôt un timide filet d’eau. A ceci s’ajoute encore une baisse du pouvoir d’achat de 10% entre 2000 et 2010. Nos voisins de l’OCDE ont eux bénéficié d’une hausse de salaire de 20% sur cette période. Il fait chaud, la terre se craquelle et on attend les précipitations salvatrices sur nos fiches de paye sur le territoire français. Mais qu’ont fait les grosses centrales syndicales durant cette période ? C’est à se demander…. Le SNE, élu au Comité Technique Ministériel depuis 2014, a entamé une danse de la pluie là où les autres syndicats ne faisaient, faut-il conclure au regard de leurs résultats de ces 20 dernières années, pas grand-chose. Et, heureux hasard, la revalorisation est enfin dans les cartons. Elle n’est cependant pas suffisante aux yeux du SNE qui va poursuivre sa lutte pour que les enseignants boivent à leur soif….et soient rémunérés dignement.

Un verre à moitié plein pour étancher sa soif

Alors oui, il faut avouer que l’obtention automatique de la Hors Classe ne peut qu’être une source de satisfaction. Car malgré une hausse du taux de passage à celle-ci (5% contre 1,5% il y a quelques temps) obtenue suite aux demandes incessantes du SNE à ce sujet, nombreux sont encore les collègues n’y ayant pas accès (ou alors en fin de carrière après avoir traîné les pieds dans l’aride vallée de l’Education Nationale). Alors qu’aujourd’hui plus de la moitié des PE partent à la retraite sans avoir atteint la Hors-Classe, le SNE se réjouit que l’Inacceptable puisse désormais faire partie du passé puisque le passage à ce grade va devenir automatique.

Notons aussi une classe exceptionnelle, véritable mer d’eau douce à laquelle ne pourront s’abreuver que les personnels faisant l’objet d’une « carrière remarquable ». Qu’est ce qu’une « carrière remarquable » ? Il est à craindre que cette appréciation soit laissée au choix des IEN et concerne majoritairement les personnels qui font tout ou partie de leur boulot (conseillers pédagogiques, chargés de missions etc), au détriment de ceux qui aux yeux du SNE constituent le maillon fort de notre profession et les vraies carrières remarquables : les enseignants devant élèves ou en charge de direction d’école, laissés sur le carreau à se dessécher au soleil d’un métier cuisant et impitoyable, ceux qui s’engagent et ne fuient pas la classe ou les responsabilités.

Quelles sont concrètement les augmentations salariales ? Considérons les échelons 5 et 10 comme points de repère. Considérons également un événement passé sous silence : l’augmentation de la cotisation retraite de +0,35% en janvier 2017, +0,27% en janvier 2018 et +0,27% en janvier 2019. De la sorte et en conjuguant les augmentations salariales et de cotisations, l’échelon 5 donnera droit à 98 euros de plus en 2019 et l’échelon 10 donnera droit à 100 euros supplémentaires au même moment. Et ne parlons même pas du cas où vous passeriez le cap d’une tranche d’impôts : il y a de mauvaises surprises sous la canicule au détour de certaines dunes….

Il est clair que l’oasis promise, où l’on pourrait se baigner et boire à l’envie s’est évaporée. Il ne vous reste plus qu’à tremper vos lèvres dans une flaque d’eau. C’est insuffisant pour le SNE qui continuera à se battre au Comité Technique Ministériel où il est élu pour que les enseignants français puissent boire à leur soif comme leurs voisins européens qui vivent sous des latitudes où la canicule salariale se fait décidément moins sentir.

Ange Martinez,

Vice-président du SNE

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