ACTUALITÉS NATIONALES

16 janvier 2017

Carnet de suivi à la maternelle :

quand le niveau réel devient une légende urbaine

Carnet de suivi des apprentissages, cahier de progrès, carnet de réussites… A la maternelle, le Bisounours est roi désormais, quel que soit le nom de votre livret d'évaluation. Le SNE pense qu’il y a autre chose derrière toute cette guimauve.

 

Une évaluation positive et bienveillante

 

Dans la lignée de la bienveillance, des espaces-parents, des coins cocooning et de la coéducation, notre école vise à valoriser les qualités de chacun (des élèves uniquement, je précise, l’enseignant étant toujours culpabilisé) plutôt que de stigmatiser les échecs. Intention louable quant à l'estime de soi, nul n'en doutera. Le livret scolaire de maternelle change de nom et par là-même exige des enseignants une modification de leur conception de l'évaluation.

 

L'évaluation telle qu'elle se pratiquait jusqu'alors n'était pas bienveillante apparemment.  Il fallait arrêter ces listings de compétences plus opaques les unes que les autres pour le commun des mortels n'ayant pas chauffé les bancs de l'ESPE ou de l'IUFM. Le livret se résumait parfois à des colonnes de croix, des carrés ou ronds de couleur, des lettres…Utiles pour les collègues du niveau supérieur, ces systèmes de notation (oh ! La violence de ce mot aujourd'hui) n'étaient pas suffisamment parlants, clairs, pour les géniteurs d'apprenants et les apprenants eux-mêmes. Désormais, l'évaluation ne doit laisser transparaître que les progrès et les réussites de l'élève. Quitte à leur masquer leurs lacunes. La malhonnêteté du procédé ne dérange, semble-t-il, que le SNE.

 

Omettre, est-ce mentir ?

 

Repenser l'évaluation en maternelle dans un esprit de bienveillance impose, et c'est ce qui dérange les collègues, de masquer les retards ou difficultés.

 

Le carnet doit être conçu pour fonctionner sur les trois années de maternelle. Consigne nous a été donnée de ne pas écrire de commentaires négatifs ou dévalorisants. Explications : ce carnet ne doit laisser apparaître que les réussites (ou les progrès). Il est préférable d'utiliser des photos de l'enfant (voir modèles sur Eduscol), des pictogrammes, éventuellement des escaliers à colorier, des gommettes et tamponner-dater (tout dépendra du niveau d'exigence de votre IEN). Si vous ne vous sentez pas l'âme d'un photographe à l'époque des selfies ni d'un spécialiste de la mise en page avec insertion de photos, il vous reste la possibilité des pictogrammes. De charmants petits dessins ont fleuri sur le net, moyennant finances, pour nous faciliter la tâche. Certains éditeurs ont même poussé le vice jusqu'à en proposer des tout prêts avec gommettes, ressemblant à s'y méprendre à des cahiers de vacances…

 

Nous qui rêvions d'un carnet national, nous voilà de nouveau à nous dépatouiller avec une idée qui vient d'en haut, en réunions de cycles, en concertations pédagogiques etc, pour que chaque école puisse avoir le carnet qui lui convienne ou plutôt qui convienne à sa hiérarchie. Ubuesque: dans le même département, les pictogrammes qui conviennent dans une circonscription sont refusés au profit des photos dans une autre. Et on ose encore nous demander d'harmoniser nos pratiques après ça, le SNE s'offusque d'un tel culot !

 

Les écrits restent, les paroles s'envolent

 

Interdiction de mettre une photo sur laquelle l'enfant échoue ; on ne colorie pas la case sous le pictogramme non acquis ; mieux, colorier une case en rouge pour signifier qu'une compétence est non acquise serait perçu comme un acte de violence ! Certaines circonscriptions exigent même que le pictogramme de la compétence non acquise n'apparaisse pas dans le carnet ! Des enseignants nous ont confié qu'ils se voyaient mal rendre un carnet avec seulement 20 % des cases coloriées en violet ou rose (pas de rouge, on vous a dit), voire avec 10 pictogrammes au lieu de 30. Là n'est pas le problème. On ne nous demande pas de mentir aux parents, juste de ne pas poser par écrit les difficultés. On ne sait jamais, en cas de mauvaise interprétation, les parents ayant de plus en plus de prérogatives, c’est l’IEN qui se verrait obligé de vous défendre. Et puis, il faut laisser le temps à l'enfant de grandir, d'évoluer à son rythme. Et si l'élève arrive en fin de Grande Section avec peu d'acquisitions, où est le problème ? Il passera en CP car comme vous le savez, le redoublement est proscrit, cela traumatise les enfants et les parents, tout comme les NA (non acquis), les cases remplies de rouge et les croix dans la mauvaise colonne.

 

Le SNE déplore une nouvelle fois que les PE soient amenés à faire table rase de leurs pratiques pour épouser les lubies pédagogistes à la mode. Le SNE se battra seul à vos cotés sur ce point semble-t-il.

 

Véronique Mouhot, Secrétaire Générale à la Pédagogie

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