ACTUALITÉS NATIONALES

12 janvier 2018

Plat du jour de cas rance

Il est des enseignes qui ne figurent pas au guide Michelin. Des établissements qui loin d'être étoilés, visent plus l'empoisonnement  du  client  que le  régal  de ses papilles. Et des spécialités culinaires douteuses, il y en a.

 

Le jour de carence fait partie des mets pathogènes. Vraiment pas facile à digérer quand Sarkozy nous l'a mis dans l'assiette le 1er janvier 2012. Il fut supprimé de la carte des suggestions du chef par François Hollande en janvier 2014. Marylise Lebranchu, alors ministre de la fonction publique, avait dit de ce jour de carence qu'il était « injuste, inutile et inefficace ».

 

Mais là, réchauffé, il est plus indigeste que la première fois. Surtout qu’il a été question un temps que le jour de carence devienne les jours de carence, leur nombre étant porté à trois sur proposition du Sénat. Cette mesure reste à l’étude pour le moment. Tant qu’à être mauvais, autant que le buffet soit à volonté. Bien tenté….

 

 

Le plat est dans le menu.

Le ministre de l’action et des comptes publics, Gérald Darmanin, l'a rajouté dans la formule du midi. En même temps,  il s'agit d'une promesse du candidat Macron. Le jour de carence pour les arrêts maladie dans la fonction publique est donc rétabli depuis le 1er janvier 2018 par l’adoption de l’article 48 du projet de loi de finances. Même servi avec des frites, on aimerait décliner: la sauce a viré (et n'a jamais pris pour tout dire). Pourtant, la commande est lancée, la profession va déguster.

 

Le SNE ne va pour autant pas vous laisser vous faire empoisonner.

 

Le cuistot a le sens de la formule.

Et dans la formule, le dessert est inclus! Notre ministre de l’action et des comptes publics a confirmé le jeudi 6 juillet 2017 ce qui était une promesse du candidat Macron. Et ce « conformément à l’engagement du président de la République », qui avait fait de sa restauration une promesse de campagne. Ah, les horreurs de la restauration….

« Même si le jour de carence ne doit pas être le seul instrument pour lutter contre l’absentéisme des agents, qui est aussi la conséquence de souffrances d’une partie d’entre eux (...), il permet de lutter contre le micro-absentéisme qui désorganise les services, alourdit la charge de travail des collègues en poste et coûte environ 170 millions d’euros par an », a-t-il déclaré lors des états généraux des comptes de la nation réunis à Bercy.

 

Le chef a-t-il gouté le plat avant de le servir à la profession ? Car si le but affiché est d’économiser 170 millions d’euros par an, une étude de l’INSEE fait accrocher la mixture au fond de la casserole.

 

La sauce a tourné.

Ce que les médias et la hiérarchie peuvent nous faire gober…. Une étude de l’INSEE vient mettre à mal une idée reçue selon laquelle en supprimant l'indemnisation du premier jour d'arrêt maladie, on réduirait leur nombre. Et l’INSEE de préciser : « Le dispositif n'a pas conduit à une variation significative de la prévalence des absences pour raison de santé une semaine donnée ». Seules les absences de deux jours ont diminué avec le jour de carence alors que les absences d’un jour sont restées à l’identique.

 

En outre, ce système délétère qu’est la journée de carence provoque des arrêts plus longs. En effet, les arrêts maladie d'une semaine à trois mois ont augmenté de façon significative, le taux de progression étant de l’ordre de 25 %.

L'INSEE y voit trois raisons que le SNE ne peut que confirmer :

  1. la diète imposée sur notre fiche de paye par la perte d'une journée de salaire encourage à allonger l’arrêt maladie pour ne pas risquer de devoir s'arrêter de nouveau ;
     

  2. ne pas vouloir s’arrêter pour ne pas laisser les élèves ou ne pas les confier aux collègues aux classes déjà surchargées entraîne bien entendu une dégradation de l’état de santé. Et cela provoque in fine la nécessité d’un arrêt plus long ;
     

  3. tant qu'à perdre une journée de salaire en remerciement d’une exposition aux agents pathogènes présents dans les classes (les microbes, pas les élèves ndlr….quoique….), autant prendre la semaine pour « se rembourser » sur cette ponction perçue à juste titre comme injuste.

Autant dans chaque assiette.

Chacun sera logé à la même enseigne car le ministre a précisé que cette mesure, destinée notamment à « rétablir de l’équité entre le public et le privé », figurerait dans le projet de loi de finances pour 2018. C'est menu Vegan? La diète pour tout le monde ? La diète contre la dette?

 

Le SNE ne tolérera pas que la profession ait à se serrer la ceinture. D’autant plus qu’au prétendu argument visant à aligner le public sur le privé, nous ne pouvons souscrire. En effet, dans le privé, le salarié voit souvent sa perte de salaire (mis à part PME et artisans) compensée par l’employeur. Nous, l’employeur, c’est l’Etat ! Et l’Etat, il n’offre pas le repas ! Il ne compensera rien nous concernant.

On vous offre le digestif?

 

Pour faire passer la pilule, M. Darmanin nous offre une petite douceur sous la forme de ce qu'il appelle un « accompagnement ». Celui-ci serait octroyé aux «fonctionnaires les plus touchés, parce qu’ils sont les moins bien payés dans l’accès aux soins par exemple ».

 

Sans plus de précisions, le SNE continue de trouver cela inacceptable et se battra à l'encontre de cette mesure.

 

Ange Martinez

Vice-président du SNE – Elu CAPD

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Contact SNE  : Laurent Hoefman president@sne-csen.net

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