ACTUALITÉS NATIONALES

8 novembre 2019

1+1+1+1+... = nuls en maths

Les élèves français sont nuls en maths.

 

C’est la conclusion lapidaire que l’on pourrait tirer de la lecture du graphique des résultats de l'étude TIMSS 2016.

Il faut pourtant savoir dépasser le simple constat.

 

C’est ce qu’avait fait Le point dans un article commentant ce graphique.

Le journal constatait que : "ce qui est effarant, c'est l'incroyable baisse de niveau en vingt ans. En 1995, la France était la plus brillante des six pays dont les données sont disponibles en 1995 et 2015. Elle était même devant la Russie, avec 561 points; en 2015, elle s'est effondrée à 449 points, enregistrant la plus grosse baisse des six pays."

 

La faute incomberait-elle à un manque d’investissement dans l’éducation ?

 

Non. Sur la période considérée, en France, le budget par élève du primaire a doublé.

Dans ces conditions, comment expliquer la chute catastrophique des résultats ?

 

Ses causes se trouvent peut-être dans la très longue liste de tout ce qui a changé à l’école entre 1995 et 2015 :

 

- La mise en place des cycles.

- L'avènement des projets d'école.

- La suppression des maintiens.

- L'évaluation par compétences.

- La création des IUFM, puis des ESPE.

- La disparition des RASED et des classes de perfectionnement.

- L'obligation de l'inclusion à tout prix.

- La disparition des notes (sur 20, puis sur 10, puis sur 5 (par lettres), puis sur 3 (acquis, en cours d'acquisition, non acquis), puis sur 2 (acquis ou pas), puis sur 1 (acquis, à notifier dans un "cahier de progrès", puis, en projet, plus d'évaluation au primaire).

- La hausse du niveau de recrutement des enseignants à Bac +2 puis +3 puis +5.

- Les variations incessantes des programmes 1989/1995/2002/2005/2008/2015/2016.

- Les injonctions contradictoires : programmes nationaux, mais rédactions locales des "attendus de fin de cycle" rédigés en équipe dans chaque école, ou en conseil "école/collège".

- La dérive de l'instruction vers l'éducation au détriment des fondamentaux.

- La conception d'un socle commun.

- La soumission au constructivisme.

- La promotion de l'égalitarisme, à l'opposé de l'école de Condorcet qui incite à amener l'élève au maximum de ses possibilités.

- La mise en place des PPRE, PAP, PAI, ESS, Projets d'intervention...

- L'explosion du nombre des réunions : conseils des maîtres, de cycle, d'école, en mairie, en formation continue, en travail d'équipe, en école/collège.

- La promotion du travail en équipe, érigé en modèle absolu.

- L'évaluation des enseignants basée sur leurs méthodes, leur orthopraxie, et jamais sur leurs résultats.

- Le doublement du budget par élève dans le primaire.

- Le recrutement des enseignants sur la base de leur allégeance à tout ce qui précède... (quiconque émettrait une simple réserve, serait écarté par concours).

 

Il semble simpliste de faire un lien entre la dégradation des résultats et cette longue liste d'évolutions. Il est bien plus fanatique de le nier.

 

La réalité est brutale, mais après des années de déni, nul ne conteste plus le naufrage...

 

Si toutes ces modifications avaient été pour le meilleur, on pourrait avancer que ce sont plutôt les élèves qui ont changé. La France en aurait donc des modernes et l'Irlande du nord des médiévaux...

Évidemment non.

 

La France a créé une complexification invraisemblable, pathogène et inefficace du métier d’enseignant

 

La charge mentale des enseignants, malheureusement inquantifiable, a explosé. Les acteurs souffrent... pour rien. D'où l'explosion du nombre des démissions (multipliées par trois en 10 ans) et le tragique passage à l'acte de collègues détruits par l'absence de sens de leurs efforts.

 

Au SNE, nous pensons à un "effet cocktail" de toutes ces dispositions. Certaines sont peut-être moins toxiques que d'autres, mais comment ne pas faire un lien avec les constats actuels ?

 

Nous proposons donc le recentrage sur les résultats. 

 

Liberté doit être laissée aux enseignants de travailler en équipe ou non, de faire des projets ou non, d'orienter leurs élèves ou pas, de rédiger des PPRE ou pas, de se réunir ou pas, d'inclure ou pas, d'afficher leurs progressions ou pas, d'évaluer par notes ou pas. Le juge de paix étant les résultats, exprimés en progression de leurs élèves.

À charge pour l’État, de fournir aux enseignants des outils permettant leur autoévaluation.

 

Un collègue qui constate que ses méthodes ne fonctionnent pas ne sera pas long à s'adapter. Ce n'est pas une vision idéalisée ou naïve de la conscience professionnelle d'une corporation. La science prouve que, de façon universelle, le cerveau humain n'aime pas les différences entre ce qu'il prévoit et ce qu'il observe, et donc, évolue en conséquence.

 

Pour l'instant, l'institution nous demande de fermer les yeux sur les résultats, pour mieux nous concentrer sur les prévisions : ce système DOIT fonctionner puisqu'il est PRÉVU pour être "bon"...

D'où la mise en place d'un système culpabilisant : "si cela ne marche pas, c'est que vous appliquez mal nos prescriptions". Alors, chacun s'épuise dans le respect de ce catéchisme pédagogique.

Au final, le malade meurt dans les règles...

 

Épargnons-nous ce funeste destin.

Pierre Puybaret

Secrétaire départemental SNE 38

SNE -  Syndicat National des Ecoles

© 2017-2019 Syndicat National des Écoles - Directeur de la publication : Laurent Hoefman, président du SNE

Contact SNE  : Laurent Hoefman president@sne-csen.net

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