ACTUALITÉS NATIONALES

10 octobre 2020

Interdire plutôt qu’éduquer ?

Billet d'opinion

Les récentes déclarations du président Macron sur l’obligation de scolariser les enfants à partir de trois ans nous posent question.

Jusqu’à présent, c’était l’instruction qui était obligatoire, pas la présence à l’école. Ce qui laissait le choix aux familles de dispenser elles-mêmes l’instruction auprès de leurs enfants, sans avoir à en justifier les motifs. Un contrôle était opéré par les services auprès des familles qui avaient fait ce choix.

Il apparait que seuls 25 000 élèves étaient concernés l’an dernier, sur un total de plus de 8 millions d’élèves. C’est très peu (0,3%).

Alors, pourquoi une telle décision ? N’y avait-il pas d’autres décisions plus urgentes à prendre en matière d’Éducation ?


 

Si l’excuse est la dérive communautariste qui semble se développer dans certains territoires, la réponse est inappropriée car elle est une atteinte à la liberté de l’ensemble des familles sur le choix éducatif qu’elles souhaitent pour leurs enfants.

 

Doit-on, en raison d’un problème assez circonscrit, rédiger une loi de plus qui prive tous les parents d’une liberté qui semblait acquise ?

N’avait-on pas d’autres moyens de s’attaquer à la racine du problème ?

 

Apparemment pas. Pas pour les gens qui nous dirigent depuis plusieurs années et qui pondent une nouvelle loi à chaque fois d’un problème émerge. Nous vivons une époque assez particulière, où il ne se passe pas un mois sans que nos libertés individuelles soient foulées au pied. Cette addition de frustrations devient problématique, et ne peut se justifier par le seul intérêt général.

C’est finalement comme si, dans nos classes, nous privions tous les élèves de récréation après la découverte d’un message grossier au tableau, ou parce qu’il y a trop de bruit dans la classe…

Est-ce de cette façon qu’il faut procéder : la réponse est non. Aucun pédagogue ne cautionnerait une telle attitude. Parce qu’il est préférable d’oublier un fauteur de troubles plutôt que de punir un innocent.

Mais il est tellement plus facile d’interdire, et par là de punir tout le monde, plutôt que de chercher et de sanctionner les coupables…

C’est oublier, en procédant de la sorte, que l’on arrive à un résultat toujours décevant : cela entraine de l’incompréhension et de la frustration chez la plupart, sans que cela n'empêche les fauteurs de trouble de continuer. Les lois n’ont jamais arrêté les malfaisants.

Les caméras de surveillance ont -elles réduit le nombre de faits de violence ? La limitation à 80Km/H a -t-elle réduit le nombre de chauffards ?

Au lieu de responsabiliser, on culpabilise et on infantilise.

 

On fabrique des pessimistes, des moutons, des craintifs, qui attendent tout de l’Etat,  alors que notre époque exige des optimistes, de risque-tout, des audacieux !

Avons-nous oublié pourquoi nos ancêtres se sont battus il y a deux siècles, au nom de la liberté et l’égalité ? Avons-nous oublié que nous étions tous « Charlie » au nom de la liberté d’expression, même si nous n’appréciions pas forcément les publications de ce journal ?

Il est des valeurs pour lesquelles il est légitime de se battre, et la liberté de choisir son mode d’instruction en est une.

A la seule condition de se montrer responsable de ses choix, dans le respect des valeurs de l’École de la République. Si d’aucuns ne les respectent pas, que ceux-là seuls soient condamnés et sanctionnés.

Ces valeurs, c’est ce que nous enseignons chaque jour à nos élèves, pour en faire des citoyens autonomes et responsables. Parce qu’elles sont le ciment de notre Nation, et parce que c’est la clé du vivre ensemble.

Il ne faut pas se tromper de cible.

Laurent Hoefman

Président du SNE

SNE -  Syndicat National des Ecoles

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