ACTUALITÉS NATIONALES

14 décembre 2020

Constellation : garder les pieds sur Terre

“Constellation”, un mot qui a fait rêver Copernic et consorts. Appliqué à la formation des enseignants, il s’avère beaucoup plus nébuleux. 

 

Ce nouveau dispositif émane directement du ministère. Le SNE a pu constater que, quand il n’est pas accepté par les collègues auxquels il est proposé, “Constellation” leur est imposé. Sur le terrain, on a entendu l’expression “bombardé volontaire” dans la bouche d’un IEN à ce propos. 

Dès lors, qu'en est-il des attentes des collègues ?  Quels sont les dessous de ce dispositif ?

Origines et objectifs du dispositif
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Ce système s’inscrit dans la continuité des assises de l’Éducation qui se sont tenues il y a 2 ans. Il est induit par les plans mathématiques et français instaurés en 2018 suite au constat de la chute inexorable depuis les années 2000 des performances des élèves en lecture et en résolution de problèmes.

Les constellations visent à former les enseignants en mathématiques et en français à raison d’un tiers des effectifs par an et ce sur une durée de 6 ans.

 

Pour le SNE, il y a déjà là un problème. En effet, une formation, pour ne pas être subie, doit correspondre aux désirs et aux besoins du terrain. 

Or, “Constellation” répond aux attentes du ministère et ne laisse aucune place à celles des collègues et ce sur 6 ans. Mathématiques et français sont primordiaux, mais d’autres domaines suscitent des questionnements. Comment sera-t-il possible d’y répondre si les 18 heures annuelles de formation continue sont déjà bloquées ? 

Les collègues souffrent tant de cet horizon bloqué que des modalités très particulières de cette nouvelle sorte de formation.

Nous sommes bien loin de la considération aux enseignants et du développement de leur épanouissement professionnel.

 

Nos questions et les réponses apportées par l’administration

 

  • Pourquoi une mise en place si abrupte de ce dispositif en septembre sans la moindre explication ?

Le dispositif devait être présenté plus en amont et ce dès la fin de l’année scolaire précédente. Le contexte sanitaire n’a pas permis l’explicitation du système. Tous les acteurs de l’Éducation nationale ont été prévenus tardivement.

 

Pour le SNE, la situation sanitaire n’excuse pas tout. Le dialogue social est indispensable pour le bon fonctionnement d’une profession. Si le temps de préparation n’avait pas pu être effectué correctement, il aurait été pertinent de repousser la mise en oeuvre de “Constellation” pour prendre le temps de l’expliquer.

 

  • Dans le dispositif initial, les enseignants devaient pouvoir choisir le sujet à aborder (en mathématiques ou en français). Malgré tout, certaines circonscriptions ont imposé ce choix. Pourquoi ?

 

Ce dysfonctionnement fait partie du tâtonnement des équipes dans la mise en place du protocole. Depuis, il a été rectifié et la plupart des équipes concernées ont pu choisir leur sujet.

 

Pour le SNE, le choix de la formation suivie est un élément indispensable à sa réussite. Sans cela, on ne peut vivre la formation autrement que comme un devoir de plus dans une litanie sans cesse croissante de tâches périphériques à l’enseignement. Elle se résume alors en une pure perte de temps. 

 

  • Quelle est la portée des visites de classe dans la carrière de l’enseignant ? Les CPC vont- ils jouer leur rôle de conseiller ?

 

Ces visites ne sont pas faites pour punir les enseignants mais bien pour conseiller et guider ces derniers dans leur pratique quotidienne. Il n’y aura donc aucune incidence sur la carrière.

 

Même ainsi, les collègues ne vivent pas forcément bien cette “intrusion” dans leur quotidien. Se retrouver scruté par des collègues n’est pas rien, surtout lorsque l’on n’a pas été volontaire pour cela.

 

Le SNE insiste donc sur la nécessité que les enseignants participent à ce dispositif uniquement sur la base du volontariat.

Premier bilan

 

Le SNE n'est sorti que très partiellement rassuré de cet échange. 

 

Dans le principe de “Constellation”, la collaboration est, pour une fois, horizontale et non plus verticale. C’est un dispositif de formation assez pragmatique, qui s’appuie sur des pratiques éprouvées sur le terrain.

 

Le SNE défend d’ailleurs le principe de l’instauration d’un dispositif de tutorat pour aménager les fins de carrière et épauler les plus jeunes collègues.

 

Les constellations doivent être un lieu d’échange, de partage et d’entraide. Le SNE se reconnaît dans cette philosophie. Malheureusement, dans la réalité, on est loin du lieu d'échange, de partage et d'entraide. Imposer “Constellation” change tout. En effet, on n'oblige pas quelqu'un à échanger sur un sujet sur lequel il ne se sent pas concerné, on n'oblige pas quelqu'un à partager, on ne peut pas apporter d'aide à quelqu'un qui n'est pas disposé à en recevoir.

 

Aujourd’hui, le SNE ne rejette pas “Constellation” en bloc. Notre syndicat milite pour une modification fondamentale : la possibilité de refuser de s’engager dans ce dispositif. En lui conférant un caractère facultatif, il pourra mieux s’accorder aux besoins des personnels.

 

Nous défendons, prioritairement le retour à des formations longues, à des stages continus qui se déroulent sur le temps de classe, idéalement sur des thèmes dégagés par les équipes ou les collègues. 

 

Rendez-vous est pris dans 6 ans pour une évaluation de “Constellation”. Nous espérons que, d’ici là, les collègues à qui ce dispositif a été imposé se verront offrir la possibilité de s’en extraire.

 

Valérie Amann

Membre du bureau national

SNE -  Syndicat National des Ecoles