ACTUALITÉS NATIONALES

2 décembre 2016

LSU : pourquoi il est urgent de ne pas se précipiter

Il ne vous aura pas échappé que notre système éducatif s’est enrichi récemment d’un nouvel acronyme : le LSUN (ou LSU car il a perdu pour le moment son N de numérique).

 

De façon insistante, notre hiérarchie vous invite – c’est même un peu plus qu’une invitation- à vous familiariser avec ce nouvel outil, à vous réunir en équipe pour renseigner les items, et surtout à l’utiliser en cette fin de premier trimestre scolaire.

 

Un livret scolaire unique pour tous les élèves, pourquoi pas ? Un outil numérique, moderne et pratique, on est plutôt d’accord avec l'idée d'un cadre national avec une visibilité sur les parcours scolaires de l’élève (quelle que soit l’école d’origine) et les suivis mis en place.

 

Toutefois il ne faudrait pas confondre vitesse et précipitation : on sait bien que notre ministre vit sans doute ses derniers mois  rue de Grenelle, et qu’elle souhaite finir ce qu’elle a commencé.

 

Mais dans l’état actuel des choses, il faut savoir prendre son temps.

 

A cela plusieurs raisons :

  • Ce LSU n’a pour le moment pas de fonctionnalité numérique : le e-service est inopérant (il faut donc l’imprimer comme un bulletin traditionnel).

  • Ce LSU ne permet pas pour le moment d’importer les données d’autres éditeurs : (Edumoov, Cerise Prim, Livreval…). Ces services, certes payants, offrent beaucoup plus de latitude aux enseignants, et reflètent davantage ce qui est fait en classe.

  • Ce LSU est encore en rodage : plusieurs bugs nous ont été signalés, par exemple des compétences disparaissent pour certains élèves, l’impossibilité de verrouiller le document si certains éléments  ne sont pas renseignés, nom de l'enseignant incorrect…

  • Ce LSU ne permet pas de renseigner précisément les résultats par compétence, mais uniquement par domaine : que faire si un élève a bien réussi en orthographe, partiellement réussi en conjugaison  et raté en grammaire par exemple ?

  • Ce LSU met sur un pied d’égalité l’étude de la langue et l’histoire des arts ou l’éducation musicale : (chaque domaine est pondéré de la même façon). C’est accorder bien peu d’importance aux matières fondamentales…

  • Ce LSU renseigne davantage le domaine de la LV que celui du français : sorry but we are first and foremost french!

  • Ce LSU ne permet pas de visualiser sur l’année les progrès réalisés par l’élève en affichant les résultats des trimestres précédents sur un même document. N’était-ce pas le but de la réforme que de voir la progression de l'élève?

  • Ce LSU fait une distinction entre acquis scolaires d’une part (domaines d’enseignement), et  connaissances et compétences d’autre part (parcours divers) : Ce qui revient à dire que les acquis scolaires ne sont pas des connaissances ? Drôle de façon de voir les choses…

  • Ce LSU cherche davantage à montrer les progrès de l’élève que son véritable niveau (cf appréciation générale). C’est une attitude dangereuse qui peut induire les élèves et les familles en erreur et leur donner de faux espoirs.

  • Ce LSU ne prend pas en compte les spécificités du terrain : les enseignants  remplaçants n’y ont pas d’accès, les élèves d’ULIS école n’y apparaissent pas par exemple…

  • Ce LSU ne donne aucun  critère de validation des acquis. Par conséquent, en fonction des exigences de chacun, le même élève aura des résultats différents. Donc le LSU n’aura d’universel que le nom.

  • Ce LSU ne dit pas comment passer de la validation des domaines du programme à celle du socle commun.

  • Enfin, ce LSU modifie la perception de la notion d’atteinte des objectifs, puisque en introduisant le terme «  objectif dépassé », il induit une modification de l’évaluation mise en place avec les élèves (faut-il donc prévoir dans chaque évaluation un exercice qui va au-delà de l’objectif d’apprentissage ?)

 

Pour le SNE, toujours pragmatique, ce LSU, à ce jour, n’est pas un outil satisfaisant. Ni techniquement, même si les choses devraient s’améliorer sous peu, ni sur le contenu, qui nous semble démagogique, et peu révélateur du niveau réel de l’élève. Cela manque réellement de professionnalisme pour les  artisans de l’école que nous sommes.

 

Les parcours à renseigner en fin de livret nous replongent dans la pédagogie de projet, si chère aux pédagogistes qui imposent leur vision depuis des décennies. Au SNE, nous privilégions l'acquisition des fondamentaux plutôt que la prolifération des projets ronflants et chronophages...

 

En l'état actuel des choses, le SNE invite les collègues à prendre leur temps...

 

Suite aux remarques  du SNE, les injonctions du Ministère se sont d’ailleurs adoucies (cf courrier du 1/12/16 de Florence Robine aux directeurs d’école).  

 

D'autant qu'il n'est pas certain que le LSU ait une espérance de vie supérieure à la durée de l'année scolaire...en tous cas  sous cette forme.

 

Laurent Hoefman, secrétaire général aux publications

Geoffrey Capliez, secrétaire général à la direction d’école

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