ACTUALITÉS NATIONALES

6 février 2017

La bienveillance : un manque de clairvoyance ?

En cette période préélectorale riche en promesses dont on sait qu'elles n'engagent que ceux  qui les écoutent, en cette année scolaire déstabilisante où les bouleversements multiples ont entrainé la perte de repères et parfois le découragement chez les enseignants, que nous reste-t-il pour conserver (ou retrouver) notre optimisme? Les accords PPCR sur les salaires ? Bof. L'augmentation salariale ne fait pas vraiment rêver : vous le constaterez vous-mêmes à la fin du mois de mars...

Les dotations de postes supplémentaires me direz-vous ? A moins d'enseigner en éducation prioritaire dans certaines académies, vous n'en percevrez vraiment pas les effets...

Les innombrables ressources  sur Eduline ou  Eduscol pour vous familiariser avec les nouveaux programmes? Laissez-moi rire, trop d'info tue l'info et de toute façon la plupart des profs sont tellement crevés en rentrant de leur journée de classe …

Les 5 matinées de classe pour améliorer les résultats ? Cela reste à démontrer…Pourquoi de plus en plus d'élèves se réfugient dans le privé ?

Mais ne soyons pas trop amers, restons confiants en l'avenir. Restons bienveillants : bienveillants à l'égard de nos dirigeants, bienveillants à l'égard des parents, bienveillants à l'égard des élèves, blablabla.

La "bienveillance", selon le Larousse, c'est la "disposition d'esprit inclinant à la compréhension, à l'indulgence avec autrui." Une qualité que personne ne remettra en doute.

C'est aussi et surtout  le mot à la mode de notre temps. Et il ne se passe pas une journée sans qu'un politicien, un recteur, un IEN, un journaliste ne l'utilisent au cours d'un discours, d'une réunion, d'un article de presse.

La bienveillance, c'est si simple. Soyez gentil avec tout le monde et tout le monde sera gentil avec vous. Soyez bienveillant avec les parents, soyez bienveillant avec vos élèves, et l'école s'en portera mieux.

Hum, hum : pas si sûr ! Et le SNE n'est pas le seul à le penser. Yves Michaud, philosophe et concepteur de l'Université de tous les savoirs, dénonce l'utilisation abusive de la bienveillance dans son dernier livre " Contre la bienveillance". Selon lui, " la politique des bons sentiments et de la compassion mène à l'aveuglement"*.

Le SNE ne dit pas autre chose depuis des années : laisser croire que tout le monde réussit, gommer les manques, c'est leurrer les individus et les familles. Plus grave, cela ne confronte plus nos élèves à l'échec, qui fait pourtant partie de la vie. C'est le fait d'analyser l'échec, d'en comprendre les causes, qui permet  de le surmonter, et qui participe au final à la construction de l'individu.

Mais c'est tellement plus facile d'être bienveillant : pas de vagues, pas de vagues ! C'est tellement plus facile de dire oui que de dire non. C'est tellement plus facile de mettre des points verts que des points rouges (surtout que le rouge, c'est pô juste!).

Alors, allons-y pour la bienveillance ! Fabriquons une génération de Bisounours qui dès lors qu'elle sera confrontée à une difficulté ne saura pas comment l’appréhender ou la résoudre!

C'est cela que l'on veut pour notre pays? Des gens dociles et incapables de surmonter l’adversité ? Avec le monde qui nous entoure, est-ce cela que l’on veut vraiment ?

Au SNE, nous ne sommes pas d'accord : certains mots doivent revenir dans les discours, et surtout dans les actes : rigueur, respect, travail, mérite.

La bienveillance à toutes les sauces réduit la foi dans la compétence professionnelle des enseignants. En effet, elle fait porter aux professeurs des écoles la responsabilité de l'échec des élèves, en lieu et place des responsabilités institutionnelles que sont les réformes successives et délétères. La bienveillance, c’est une contremesure, un leurre pour ne pas regarder en face les vraies causes du déclin de l’Ecole.

Parce que nous sommes persuadés qu'il faut construire des adultes forts, responsables et sachant se faire respecter que nous voulons une autre politique pour l'école. Le SNE dresse le bilan des politiques éducatives successives depuis 30 ans, sans bienveillance, et le résultat est sans appel : échec et mat!

Laurent Hoefman,
secrétaire général aux publications


* http://www.philomag.com/les-livres/grand-angle/contre-la-bienveillance-14904

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