ACTUALITÉS NATIONALES

13 mars 2018

L’école maternelle de demain :

l’École de l’Épanouissement et du Langage ?

L’école maternelle a besoin d’aide. Autrefois citée en exemple à travers l’Europe, elle est aujourd’hui consumée. Et ses acteurs aussi.

Parent pauvre lors des ouvertures et fermetures de classes, le taux d’élèves par classe y reste toujours plus élevé qu’en élémentaire. Il n’est pas rare de trouver des écoles maternelles dont la moyenne  est de 30 élèves par classe.

 

Sur notre territoire, la présence d’une ATSEM par classe est loin d’être une règle générale. Selon le site Atsem.fr, il y aurait une ATSEM pour 50 élèves en France. Et pourtant, les décrets de mars 2018 viennent de reconnaître le rôle évident des ATSEM sur les temps d’apprentissages.

Lors des activités périscolaires, le taux d’encadrement est de 14 enfants pour 1 adulte. Pourquoi ce taux devrait-il être de 30 pour 1 pour un professeur sur des temps d’enseignement ? Car à l’école maternelle, on apprend ! D’autant plus lorsque notre ministre revendique 100 % de réussite au CP.

Si les CP et CE1 sont désormais dédoublés en éducation prioritaire, c’est bien que la question des effectifs est primordiale…

Pour s’épanouir et favoriser le développement de leur langage, les enfants de 3 à 6 ans ont besoin d’espace et d’attention. Nos petits élèves ne sont pas du bétail. Nous frôlons parfois la surpopulation. A quand un seuil national maximum pour le nombre d’élèves par classe ? Par mètre carré ? Des recommandations existent dans la construction des nouveaux bâtiments accueillant du public, selon l’âge de celui-ci. Mais notre hiérarchie se retranche derrière des taux et des normes qui n’existent pas (encore) dans notre profession.

Les élèves qui fréquentent l’école maternelle ont bien changé ces 15 dernières années. Nous devons les scolariser -même s’ils ne sont pas propres-, les éveiller, les éduquer, les dépister, les intégrer (hélas parfois sans AVS).

Les enfants-rois des années 90 ont engendré des princes. Ces enfants-rois sont devenus des parents qui ont parfois du mal avec les exigences et contraintes de l’école d’aujourd’hui. Pour exemples, quel professeur de maternelle ne subit pas chaque jour le retard d’un parent à la sortie des classes, temps de travail supplémentaire, non reconnu, sur lequel la hiérarchie ferme les yeux et les oreilles, ou alors une remarque au sujet d’une griffure au visage de leur progéniture, d’une goutte au nez non essuyée, d’un gant perdu (généralement non marqué au nom de l’enfant malgré les recommandations de début d’année) ? Quand ce n’est pas une insulte ou une agression physique…Faut-il rappeler l’affaire Fabienne Terral, enseignante assassinée par une mère d’élève le dernier jour d’école de l’année 2014 ?

Nous ne nous étalerons pas davantage sur le carnet de réussites ou cahier de progrès, largement décrié par la profession, masquant une réalité parfois difficile à admettre pour des parents-rois (en savoir plus : "Carnet de suivi à la maternelle : quand le niveau réel devient une légende urbaine")

Nous ne reviendrons pas sur la semaine de 4 jours et demi, indéniablement inadaptée à l’âge des élèves de maternelle.

 

En dépit de tout, nous, enseignants de maternelle, ne cessons de nous perfectionner : activités Montessori pour développer notamment la dextérité (le pouce des enfants ne parvenant plus à se plier normalement pour pouvoir tenir un crayon en raison de  l’utilisation abusive des tablettes tactiles), activités de concentration et d’attention, méditation et yoga pour les petits, bienveillance, empathie, coéducation, éducation parentale… Nous devenons chaque jour un peu plus « spécialisés » à défaut de RASED suffisants : troubles autistiques, troubles de l’humeur, troubles « dys », EBEP ("Élèves à Besoins Éducatifs Particuliers"), enfants précoces, hyperactivité, retards de développement,...

 

Les Assises de la Maternelle entendent renforcer notre formation. Certes. Mais nous avons également besoin de la reconnaissance de nos conditions de travail et d’enseignement, et de notre professionnalisme. Notre école est une école à part entière, au même titre que l’élémentaire. Pour cela, le SNE attend de ces Assises qu’elles renforcent l’image de l’école maternelle aux yeux de tous. Nous, professeurs de maternelle, réclamons des moyens en adéquation avec les besoins de nos jeunes élèves.

Notre ministre a déclaré qu’un euro engagé avant 5 ans, c’est 8 euros gagnés pour plus tard dans le traitement de la difficulté scolaire. Le SNE oeuvrera par conséquent pour obtenir de concrètes avancées lors des Assises de la Maternelle confiées à Boris Cyrulnik les 27 et 28 mars 2018.

 

Véronique Mouhot

Secrétaire Générale pédagogie SNE

 

 

Pour aller plus loin :

Les enfants trop exposés aux écrans ? "Leur pouce n'arrive plus à se plier normalement pour pouvoir tenir un crayon" (France Info)

Refonder l’école maternelle : le ministre de l’Éducation nationale fait appel à un neuropsychiatre (Les Pros de la Petite Enfance)

 

La "lente et irrésistible conquête pédagogique" des Atsem (La caisse des dépôts des territoires)

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