ACTUALITÉS NATIONALES

15 février 2019

Loi Blanquer : la partie émergée

et la partie immergée de l’iceberg

Le projet de Loi pour une école de la confiance (ou Loi Blanquer) a été présenté aux organisations syndicales et entre en vigueur à la rentrée 2019. Si certains points pourraient laisser penser que l’Éducation Nationale est enfin prête à voguer sans danger, ils sont bien peu nombreux aux regards d’autres, annonciateurs d’écueils, de bancs de sables et de bas-fonds.

 

Une partie émergée qui pourrait être séduisante

La maternelle aux mains des enseignants

Les articles 2 et 3 apportent des modifications dans le sens d’une scolarisation obligatoire à partir de 3 ans, ce que le SNE et le SNALC ont appuyé lors des assises de la maternelle en 2018 et ce qui éloigne le spectre des kinder gardens, laissant notre école préélémentaire aux mains des professeurs des écoles.

 

Les parents un peu plus responsabilisés

Le texte prévoit à la marge de mettre l’accent sur les responsabilités des parents en termes de scolarisation. Les seuls points véritablement responsabilisants concernent les sanctions évoquées en cas de déscolarisation d’un élève.

Dorénavant, pour l’instruction à domicile, le contrôle pédagogique portera non seulement sur les connaissances mais également sur les compétences. L’enseignement en « parascolaire » sera plus ardu pour le néophyte s’exerçant au maniement des manuels et des programmes, la notion de compétence restant entre les mains des professionnels de l’éducation que nous sommes.

En revanche, rien de concret concernant les parents d’élèves à l’assiduité acceptable. Jamais convoqués, toujours invités, on imagine bien que les experts que nous sommes ne seront guère que des conseillers à l’avis dispensable dans les cas les plus critiques (équipes éducatives et choix décisifs au cours de la scolarité).

 

Une partie immergée propice au naufrage

 

Les contractuels prennent le pouvoir… et nos postes !

Dans l’article 13, l’article L. 916-1 du code de l’éducation est ainsi modifié de façon à « permettre aux assistants d’éducation d’endosser des fonctions pédagogiques et d’enseignement ou des fonctions d’éducation ». Sous prétexte de pré-professionnalisation, cela va de soi. Nous l’écrivions il y a quelques années : la boîte de Pandore des contractuels enseignant au même titre que les professeurs des écoles sanctionnés par un diplôme a été ouverte et on se rend compte qu’elle le sera maintenant à volonté. Avec la réforme des rythmes scolaires que nous avons combattu avec succès, la quasi-totalité des écoles étant revenue à la semaine de 4 jours, les ATSEM se sont vu confier des missions pédagogiques. Alors pourquoi pas les assistants d’éducation ?

Des établissements avec un supérieur hiérarchique pour une évaluation permanente

Par endroits dans le texte, on intercale dans : « les établissements du second degré » les mots : « du premier degré ou». Et qu’obtient-on alors ? La certitude que les établissements du premier degré vont voir le jour, ce qui a été confirmé depuis. De cela, le SNE n’en veut à aucun prix. C’est le signe de la fusion des écoles en mégastructure. Et cela a pris la direction d’un collège auquel les écoles seraient rattachées. Prévoyez des liaisons CM2-6ème à n’en plus finir. Entre autres réjouissances. Avec des Directeurs sous la tutelle d’un chef d’établissement. De ça non plus, le SNE ne veut pas. Les directeurs auraient alors le rôle de relais collège-école. Réduit à l’état de secrétaire en somme. Comment pourrions-nous tolérer cela ?

Sous l’autorité du chef d’établissement, les professeurs des écoles seraient notés par celui-ci, ce que laissait entrevoir le rapport Juanico-Tamarelle du 27 septembre 2018 ; être visité 3 fois dans sa carrière, c’est trop peu aux yeux du Ministère. Cette envisageable évaluation par le Principal des collègues est la résultante directe du PPCR que le SNE a refusé de voter. Le Conseil d’Evaluation de l’Ecole veillera à vous tourmenter avec une régularité de métronome. Le SNE et le SNALC se prononceront  bien évidement contre cela au Comité Technique Ministériel.

 

Professeur des écoles in vitro

Dans l’article 8, il apparaît que le recours à l’expérimentation sera renforcé. Si vous professez dans une circonscription pilote, votre IEN aura alors toute latitude pour venir expérimenter dans votre école (pardon, dans votre établissement). Le SNE ne peut vous souhaiter cela en aucun cas et veillera à limiter ce processus aux volontaires (tout en veillant à ce que ceux-ci n’obtiennent pas la Hors-Classe ou la Classe Exceptionnelle plus vite que vous car jouant le jeu des « dociles » de la circonscription).

 

 

Le numérique

Le mot : « livres » est remplacé par les mots : « supports pédagogiques » dans l’article 3. En classe, un livre est un support pédagogique, mais un support pédagogique n’est pas forcément un livre. Encore une fois, les tablettes et autres support numériques, font leur entrée remarquée et de façon officielle cette fois. Le paradoxe des dirigeants de la Silicon Valley préconisant un enseignement à l’ancienne à leurs chères têtes blondes alors qu’ils devraient les faire bénéficier de l’apport du numérique ne vous aura pas échappé. Cette entrée des lobbies informatiques n’est pas sans nous inquiéter. Ça aussi, le SNE ne saurait l’accepter.

 

Un bilan négatif

 

Pas besoin de peser le pour et le contre quand on voit le déséquilibre entre les points positifs et les négatifs amenés par ce projet. Le SNE continuera de s’opposer lors du CTM à ces modifications qui vont dans le sens d’une administration prenant bien des raccourcis sur notre dos et pour notre plus grand inconfort.

 

Ange Martinez

Vice-président du SNE

Élu CAPD 83

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