ACTUALITÉS NATIONALES

8 mars 2019

L'enfer est pavé de bonnes intentions

Notre profession n'attire plus. C'est un fait. Le nombre de candidats au CRPE diminue, le nombre de démissions est en constante augmentation. 

Il est certain qu'avec le gel du point d'indice, la diminution continue de notre pouvoir d'achat, l'augmentation constante de la charge de travail et la déconsidération globale de notre profession, devenir professeur des écoles est une perspective de moins en moins alléchante.

 

Pour remédier à ce triste état de fait, notre ministère proposera dès la rentrée 2019 un dispositif de pré-professionnalisation (à lire ici) aux étudiants à partir de la licence. 

 
Une réelle avancée ou un cache-misère qui aboutira à déprécier encore un peu plus notre métier ?

Ce dispositif est annoncé comme étant attractif pour les étudiants en situation financière moins favorisée. Il est vrai que proposer un contrat d'assistant d'éducation de trois ans peut être une aide, d'autant que cette rémunération (de, en gros, 20 à 30 € net de l'heure) sera cumulable avec une bourse. Cela répond à l'objectif de promotion sociale que souhaite notre ministère pour notre métier.

 

Ces futurs assistants d'éducation seront présents dans une classe du même établissement pendant trois ans. Dans le primaire, ils seront en observation la première année, en co-intervention la seconde année et en responsabilité la troisième année. 

C'est là que le bat blesse.

 

Qu'une classe soit confiée à un collègue qui vient d'obtenir le concours est parfaitement logique. Il tâtonnera, certes, mais il a apporté une première preuve de ses capacités et de ses connaissances. L'administration l'a reconnu capable de devenir enseignant. Mais comment justifier que quelqu'un qui n'a pas passé cette étape puisse être investi de la même responsabilité ? En cas de difficultés, les risques encourus seront d'autant plus grands tant pour l'assistant d'éducation, peut-être un jour futur collègue, que pour les élèves qui lui seront confiés. 

 

De plus, où se trouve la différence entre ces assistants d'éducation et les collègues reçus au concours ? Les uns et les autres auront à remplir les mêmes taches, mais sans identité de statut ou de rémunération. Il n'existe pas de différence entre un étudiant et un fonctionnaire stagiaire. Voilà ce qui sera retenu. Quelle image catastrophique notre ministère s'apprête à envoyer ! 

Un projet qui inquiète le SNE

Au SNE, nous craignons de voir dans cette troisième année de préprofessionalisation l'ébauche d'une attaque contre le statut de professeur, et plus encore contre le statut du fonctionnaire. En effet, à quoi bon employer des fonctionnaires si des personnels moins qualifiés et moins bien protégés peuvent remplir les mêmes fonctions ? 

D'ailleurs, il ne faut pas se leurrer, par ce dispositif, il s'agit d'abord de palier aux besoins criants en personnel de certaines académies. Que Créteil et Versailles soient deux des trois académies qui seront les premières dotées en assistants d'éducation pour le premier degré n'a rien d'un hasard. 

Pour le SNE, placer des personnels dans une position délicate pour s'assurer d'une présence devant élèves à peu de frais n'a pas de sens.  

Ce n'est pas en dévalorisant encore plus l'image de notre métier qu'il regagnera en attractivité. La copie est à réviser M. le Ministre.

Philippe Ratinet

Secrétaire académique Lyon

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