ACTUALITÉS NATIONALES

23 novembre 2020

Éducation prioritaire : 40 ans d’échec

Nathalie Elimas, secrétaire d’État chargée de l’Éducation prioritaire, a dévoilé le dimanche 22 novembre le plan du gouvernement pour repenser les moyens attribués aux établissements en difficulté.

 

Il était temps. Cette refonte de l’Éducation prioritaire était attendue depuis 2019.

Aujourd’hui, l’éducation prioritaire rate sa cible.

Des moyens considérables

La politique de l’Éducation prioritaire date de 1981.

L'objectif était de « donner plus de moyens aux élèves qui ont moins afin de combattre les inégalités ». La dernière réforme date de 2014 avec la redéfinition des secteurs et la création de REP et REP+ (on ne parle donc plus de ZEP à partir de cette date).

Le budget consacré à cette politique est conséquent : 1,6 milliards d'euros en 2017.

L'objectif annoncé est louable, de bon sens et positivement ambitieux. Avec un recul de plusieurs années et fort de plusieurs milliards engagés dans cette politique, que peut-on en dire ? L'objectif a t-il été atteint ? 


 

Des résultats médiocres

Le rapport Azéma et Mathiot du 5 novembre 2019 donne des réponses à ces questions et c'est peu dire que la déception est là

Seuls 30 % des élèves « défavorisés » sont dans des écoles labellisées « Éducation prioritaire »70 % des élèves « défavorisés » sont donc scolarisés au sein d'école sans label et de ce fait sans aide particulière.

Force est de constater que ceux qui ont ciblé les écoles labellisées avaient oublié leurs lunettes. 

L'objectif  de réduire les écarts de niveaux à moins de 10 % avec les autres écoles est  également loin d'être atteint. Le rapport constate seulement que les écarts ne se sont pas plus creusés mais stabilisés. Ils restent tout de même de l'ordre de 20 à 30 %.

Pour le SNE, la réforme de 2014 a été une catastrophe. La logique de redéfinition des secteurs de l’Éducation prioritaire était tout bonnement absurde.

La base de ce redécoupage était le « collège ». Si le collège était labellisé Éducation prioritaire on regardait alors les écoles de secteur pour voir lesquelles pouvaient aussi entrer en éducation prioritaire.

Cette logique a conduit à exclure des écoles (et donc les élèves de ces écoles) en grande ou très difficulté au seul motif que leur collège de secteur n'était pas en Éducation prioritaire. Ces écoles, baptisées « écoles orphelines » par l’État ont parfois bénéficié d’aides à minima, jusqu’en 2018.

Le fait d'arriver à avoir des « écoles orphelines » était absurde et donnait un sentiment de grande injustice.

A l'inverse, certaines écoles sont labellisées « Éducation prioritaire » sans en avoir les caractéristiques si ce n'est d'être une école de secteur d'un collège REP ou REP+.

Ces erreurs de label accentuent le sentiment d'injustice et peuvent décrédibiliser l'ensemble de cette politique. Entre les primes, les enseignants supplémentaires, les temps de pondération, … une école labellisée coûte bien plus qu'une école classique (pour une école de 300 élèves, on peut estimer à près de 500 000 € de coût supplémentaire par an). L'erreur de ciblage coûte donc cher, très cher.

On le voit, cette politique a été un échec. Alors, y a-t-il des éléments sur lesquels nous pouvons nous appuyer ? Faut-il continuer à poursuivre ce noble objectif du départ ? 

Le SNE répond OUI aux deux questions.


 

Ce qu’il faut retenir de l’éducation prioritaire

Des éléments intéressants. 

La stabilité des équipes enseignantes est indispensable au bon fonctionnement des écoles. Pendant de nombreuses années, très peu de collègues voulaient aller dans les écoles en éducation prioritaire. De jeunes collègues sortis de formation étaient donc très souvent nommés d'office dans ces écoles et cherchaient à les quitter rapidement.

Il fallait changer cela et l'administration a relevé ce challenge. Pour cela elle a réussi à rendre ces postes attractifs. Le ministère a trouvé le bon dosage pour attirer des enseignants capés et les stabiliser.

 

Ce bon dosage s'appuie sur 5 leviers :

  • levier « effectif » : effectif réduit et même dédoublé sur certains niveaux

  • levier « temps » : temps de concertation de 9 jours par an sur temps scolaire pour les REP+

  • levier « carrière » : prise en compte dans les avis PPCR et pour le vivier 1 de la classe exceptionnelle, permettant souvent des accélérations de carrière

  • levier « bonification » : des bonifications de points pour la stabilité dans le cadre des mutations

  • levier « indemnitaire » : actuellement une prime de +1734€ /an en REP (144,5€/mois) et 4646 €/an en REP+ (387,16€/mois). Ces indemnités auraient d'ailleurs dû augmenter à la rentrée 2020. Cela n'a pas été le cas.

Comme quoi quand le ministère veut, il peut. Le SNE estime d'ailleurs qu'il faudrait s'inspirer de ces leviers pour la situation des directeurs d'école. 


 

Poursuivre l'objectif initial en changeant de méthode, de philosophie, de paradigme

La première chose à faire, nous semble-t-il, est de définir le terme « défavorisé ».  

Pour le SNE, le taux de pauvreté ne peut et ne doit pas être le seul critère. Il existe des familles qui sont loin des codes de l'école ou de la culture commune sans pour autant être considérées comme dans le besoin financièrement.

Il existe également une « défavorisation » géographique : des territoires loin de tout (culture, sport, …), difficiles d'accès et souvent victimes de la fracture numérique (rural profond, zone montagne).

Au SNE nous pensons que l’Éducation prioritaire ne doit pas être cantonnée seulement aux écoles entourées de barres HLM. Pourquoi une classe unique en plein coeur du Larzac ou de la Creuse par exemple ne pourrait-elle pas bénéficier de l’Éducation prioritaire ?

Une fois le terme « défavorisé » défini il faut ensuite cibler les populations. Actuellement l'administration regarde la population de secteur de l'école alors qu'il faudrait seulement regarder la population accueillie dans l'école. En effet Il existe des secteurs d'école où il y a beaucoup de retraités ou de familles qui font le choix de l'école privée. L'observation est donc faussée.

Pour le SNE il faut en finir avec le modèle descendant actuel (du collège vers les écoles) et arriver à un modèle ascendant (de l'école vers le collège), un modèle du cas par cas. La base de réflexion et de décision pour l’Éducation prioritaire doit être l'école et non plus le collège.

 

Matthieu Verdier

Secrétaire général SNE

SNE -  Syndicat National des Ecoles

© 2016-2020 Syndicat National des Écoles - Directeur de la publication : Laurent Hoefman, président du SNE

Contact SNE  : Laurent Hoefman president@sne-csen.net

facebook.png