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ACTUALITÉS NATIONALES

21 mai 2024

Avis de passage en 6e : le mieux est l’ennemi du bien !

Le mois de juin est traditionnellement chargé pour chacun d’entre nous, et particulièrement pour les collègues qui ont en charge des élèves de CM2. Fin de scolarité primaire oblige, ceux-ci ont la charge de transmettre les informations liées à la scolarité de leurs élèves au collège d’affectation, une mission qui pèse de plus en plus lourd.

Pour bon nombre de professeurs de CM2, ce lien avec le collège constitue une source de travail supplémentaire conséquente : LSU et livret de compétences ne suffisent pas en général. 

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Il leur faut en plus compléter des fiches de liaison plus ou moins fournies selon les secteurs, fiches qui émanent le plus souvent de leur propre inspection départementale, quand ce n’est pas des collèges d’accueil. A tout cela s’ajoute une réunion d’harmonisation qui est la règle dans la plupart des circonscriptions, l’occasion de transmettre de vive voix quelques informations spécifiques ou confidentielles.

 

Pourquoi cette charge de travail semble -t-elle augmenter chaque année ?

 

La première raison résulte de l’individualisation des apprentissages et de la prise en compte des élèves à besoins éducatifs particuliers. Ces dernières années, le nombre d’EBEP a grimpé en flèche à un tel point que les élèves sans besoins particuliers sont parfois devenus la portion congrue de nos classes. Les critères à renseigner abondent en ce sens : participation aux stages de réussite, aux APC, dispositifs et adaptation mis en place (PPRE,PAP, PPS…),intervention RASED, suivi ortho ou psy…

Le dispositif actuel étant dorénavant centré sur les élèves en difficulté, rien d’étonnant donc à ce qu’il faille renseigner une multitude exponentielle d’informations afin d’éclairer les collègues du secondaire. C’est la conséquence logique de «l’élève au centre du système éducatif».

La seconde est que le LSU ne donne pas d’indication précise du niveau réel des élèves. D’une part parce que les items renseignés sont très généraux, d’autre part parce que pour la plupart des élèves rencontrant des difficultés, l’enseignant a coché la mention «en cours d’acquisition». Cette mention ne dit pas grand-chose du niveau réel de l’élève en question, d’autant qu’elle s’applique aussi à des élèves qui ne rencontrent pas forcément de difficultés.

Preuve en est, lorsqu’on questionne les professeurs de collège, on s’aperçoit que bien peu ont réellement consulté les LSU des élèves de CM2, par manque de temps mais aussi parce que l’outil n’est pas utile.

Au SNE, nous avons toujours été très circonspects sur ce livret qui semble avoir été uniquement créé pour laisser penser aux familles que tout va bien pour leur petit protégé. Le politiquement correct s’apparente alors presque à un mensonge institutionnel par omission, en vue d’acheter la paix scolaire et sociale. Les problèmes des élèves sont cachés sous le tapis et attendent les études du type PISA pour être pointés du doigt. Quel succès…

Il y a fort à parier que l’instauration de groupes de besoin au collège dès la rentrée 2024 ajoutera encore des exigences pour les collègues de CM2, comme le laisse présager le récent vademecum «groupes de besoins»  qui vient de paraître. Il est précisé qu’à la fin de l’année scolaire, «Les chefs d’établissement réunissent les directeurs d’école en lien avec les IEN de circonscription en conseil de cycle 3 pour étudier la répartition potentielle des élèves dans les groupes, sur la base des évaluations et appréciations des professeurs des écoles intégrées dans le livret scolaire de l’élève». Quand s’arrêtera l’escalade?

 

La réunion d’harmonisation (qui parfois se fait dans le cadre de la liaison école/collège ou dans le cadre du conseil de cycle 3) devient une simple chambre d’enregistrement durant laquelle, en une heure ou deux, parfois moins, l’enseignant de CM2 communique du mieux qu’il peut les éléments qu’il a déjà consignés par écrit. Ce sera l’occasion, souvent, de classer sommairement sur une feuille de papier ses élèves en groupes A, B, C ou D pour indiquer leur niveau global et préciser les perturbateurs éventuels à séparer… La profession s’autorégule pour ne pas effectuer de travail inutile. Un signe patent d'erreurs d’organisation en amont.

Cet exemple est assez révélateur des dérives de notre système : beaucoup de temps passé à remplir un LSU stérile, puis à remédier à sa vacuité par un bricolage hautement subjectif, pour un résultat somme toute assez maigre. Les collègues de CM2 souffrent autant du travail supplémentaire que du manque de sens de tant d’efforts.

Dans un système éducatif où il faut s’adapter et surtout ne stigmatiser quiconque, les intérêts particuliers ont désormais pris le dessus sur l’intérêt général. Ce sont pourtant les résultats de l’ensemble qui sont pointés du doigt ! On frise la schizophrénie.

A trop se focaliser sur les élèves en difficulté, à trop vouloir prendre en compte leurs spécificités et satisfaire leurs besoins, n’oublie-t-on pas le rôle premier de l’école, c’est-à-dire instruire et élever le niveau global ?

 

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