ACTUALITÉS NATIONALES
5 janvier 2026
Inclusion – rencontre au ministère
Le SNE a été reçu au ministère le 15 décembre pour parler de l’inclusion avec Mme Padier Savouroux, conseillère en charge de l'école inclusive, de la santé psychique et physique et du sport de l'Éducation nationale. Nous avons pu discuter de l’inclusion, de ses dérives et de ce qu’il est nécessaire d’accomplir pour que l’application de la loi de 2005 cesse d’être une source de souffrance pour les personnels comme pour les élèves.
C’est par ce point que nous avons commencé l’entretien: les dérives de l’inclusion à tout prix sont aujourd’hui la première source de souffrance au travail des enseignants du 1er degré et de leurs élèves. Il est donc urgent d’y remédier.

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Passer à une inclusion de qualité
Le SNE a rappelé son attachement au principe d’une inclusion de qualité. Pour notre syndicat, une inclusion ne peut être réussie que si elle permet à un enfant de fréquenter son école de rattachement dans de bonnes conditions. Cela passe par la mobilisation des moyens nécessaires à l'accompagnement de l'enfant selon ses besoins. Le ministère a aussi affiché une volonté de recherche de qualité de l’école inclusive.
Pour parvenir à cela, il est indispensable que les locaux soient accessibles à tous. Cette question relève de la compétence des municipalités dans le 1er degré. Mais il appartient bien à l’Éducation nationale de mobiliser l’intégralité des moyens humains (le temps d’accompagnement par un AESH) et matériels (mobilier adapté, équipement informatique, logiciels spécifiques…) pointés par la MDPH comme indispensables à la réussite de l’enfant à l’école.
Notre syndicat a alors souligné l’importance de faire évoluer la situation professionnelle des AESH vers un statut de fonctionnaire de catégorie B. Ils ont aussi besoin d’une formation de qualité. Les AESH sont devenus des personnels indispensables dans les écoles. Il en manque déjà et les besoins constatés chez les élèves vont croissant. Le SNE a indiqué avec force la nécessité de réagir rapidement.
Le ministère a évoqué une réflexion à mener sur le rôle des AESH dans la gestion des élèves dont le trouble du comportement ne relève pas d'un handicap, ce qui pourrait aboutir à un élargissement de leur domaine d’intervention.
Pour le SNE, cette évolution ne doit pas amener les AESH à devenir des éducateurs. Ils ont vocation à apporter une aide relevant de la pédagogie. Notre syndicat a insisté sur la prise en charge du problème éducatif qui demeure en suspens. Sans celle-ci, il n’est pas possible de gérer les excès auxquels les personnels sont actuellement confrontés dans les classes. Les PAS (Pôles d'Appui à la Scolarité) nous ont été présentés comme une solution possible pour cela. Nous jugerons sur pièces en temps et en heure.
Le ministère semble vouloir se donner les moyens de ses ambitions, notamment par les PAS. Ce n'est pas ce que nous constatons aujourd’hui sur le terrain. L’administration cherche à économiser partout. Certains départements refusent désormais les interventions des SESSAD au profit des élèves en ULIS sous prétexte que l’ULIS doit être suffisant pour eux. On marche sur la tête.
Le ministère n’a pu qu’admettre que des disparités existent sur le territoire et déplorer certaines initiatives locales.
Reconnaître que l’inclusion n’est pas toujours possible
Nous avons ensuite abordé le problème épineux des inclusions qui ne sont pas réalisables. Qui ne connaît pas ou n’a pas rencontré un élève dont les troubles du comportement débordent du domaine de l’acceptable dans une école ? Le SNE a rappelé que les exemples d’enseignants ou d’AESH violentés verbalement voire physiquement se multiplient. Et à chaque fois, ces explosions portent atteinte aux adultes mais aussi aux autres élèves qui en sont témoins.
Nous avons indiqué que la visée de l’accueil de l’intégralité des enfants à l’école a provoqué un glissement des publics. Les enfants qui relevaient autrefois des ITEP, IMP ou IME sont désormais dans les ULIS voire dans les classes «ordinaires». Il découle de ce glissement que les PE et les AESH se retrouvent face à des élèves porteurs de difficultés qu’ils n’ont ni les moyens ni la vocation de gérer.
Le ministère a reconnu cette situation et a manifesté son souhait d’y remédier. Selon lui, l’évolution de l’école inclusive est envisagée par le biais d’une collaboration plus étroite entre le ministère de l’Education nationale et celui de la Santé pour une meilleure gestion de l’attribution des places en établissement spécialisé.
Pour notre syndicat, cette solution, si elle peut permettre de résoudre quelques cas, ne semble pas de taille à régler le problème qui se pose actuellement dans les classes. Le vocable “élève sans solution” qui est apparu dans le discours de l’administration ainsi que les situations qu’il désigne doivent disparaître au plus tôt. L’augmentation du nombre de places en établissement spécialisé nous semble incontournable.
Le SNE a rappelé que l’école n’est pas un établissement spécialisé, que les personnels n’ont pas à réaliser des actes qui relèvent du médical, qu’ils ne sont pas éducateurs spécialisés et que, même s’ils l’étaient, ils ne sont pas en nombre suffisant pour faire face aux problématiques auxquelles ils sont confrontés. Le SNE a insisté sur la nécessité de voir augmenter le nombre de places en établissement spécialisé. Il en va du bien-être de tous. Pour nous, il s’agit de donner aux plus fragiles les meilleures conditions pour progresser, une position conforme à l’esprit humaniste de la loi de 2005.
En outre, pour répondre à l’urgence que représente l’augmentation des violences des élèves à l’encontre des personnels, le SNE a rappelé sa revendication d’instaurer la possibilité de suspension d’un élève violent à l’égard des adultes lorsque les mesures éducatives prises en équipe s’avèrent non suivies d’effet. Que des collègues se rendent à l’école la boule au ventre en se demandant ce qu’ils vont encore subir est inacceptable.
Le ministère nous a expliqué qu’une suspension serait intéressante si elle permettait d’apporter une solution pérenne au problème posé tout en établissant un protocole d’accueil qui soit une réponse éducative.
Pour le SNE, l'urgence n’est malheureusement pas là. S'assurer de la sécurité des personnels et des élèves devrait être une priorité pour l’administration.
Aider plus particulièrement les enseignants en maternelle
Le SNE a terminé l’entretien par une mise en lumière de la situation des enseignants en maternelle. Ceux-ci ont à gérer des élèves dont les troubles n’ont généralement pas encore été diagnostiqués. Souvent, lorsqu’ils repèrent des difficultés spécifiques, tout est à faire. Parler aux parents, lancer les procédures et monter les dossiers. Le temps que tout se mette en place, de surmonter le manque de psychologues et la pénurie de médecins scolaires, une notification d’aide peut n’être émise qu’en grande section, voire en CP. Et pendant ce temps-là, l'enseignant aura porté, seul, un élève à bout de bras.
Notre syndicat a donc plaidé pour que les enseignants de maternelle qui rencontrent des difficultés de cet ordre puissent demander une aide provisoire aux Pials ou aux PAS, sous la forme d’un AESH, afin de pouvoir les épauler en attendant une possible notification.
OUI à l’inclusion mais pas à l’inclusion à tout prix !
Pour cela, le SNE revendique :
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Le SNE est pour un statut de catégorie B pour les AESH et pour une formation de qualité.
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Le SNE demande la création d’un pôle de remplacement AESH.
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Le SNE souhaite la possibilité d’avoir des AESH en urgence (cas d’urgence ou notification en cours d’année)
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Le SNE demande le retour au fonctionnement qu’avaient les CLIS (avec un enseignant responsable des élèves inclus) à la place des ULIS (où les enfants sont inclus dans une classe de référence, avec un enseignant référent et où l’enseignant d’ULIS n’est que coordonnateur).
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Le SNE demande l’augmentation du nombre de places en éducation spécialisée (IME, ITEP, IEM, …) afin d’accompagner au mieux certains enfants lourdement handicapés.​
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La possibilité pour l’école de ne pas accueillir un élève sans l’ensemble des moyens reconnus nécessaires à la gestion de son handicap.
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La réécriture de la loi de 2005 en admettant que certains enfants n’ont pas leur place à l’école de façon temporaire, continue voire définitive.​
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L’augmentation des places en hôpital de jour.​
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La modification de l’acte 2 de l’école inclusive. Tous les enfants ont la capacité d’apprendre et de progresser, mais tous n’ont pas celle de devenir élève. De plus, l’école ne doit devenir ni un centre médico-social ni un centre médico-éducatif.​
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Pour arriver à une inclusion réussie il faut se donner les moyens budgétaires mais également changer de paradigme.
Le SNE est fermement opposé à ce que les écoles deviennent des lieux de soin. Elles sont et doivent rester des lieux d’instruction.
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