ACTUALITÉS NATIONALES
2 avril 2026
L’autorité à l’école
L’autorité est un mot terriblement connoté à l’école. Les amalgames entre sanction et punition, l’ombre de l’autoritarisme, l’entrisme de certains parents qui excusent leurs enfants de toutes sortes de débordements et remettent en cause la parole des adultes de l'école, l’absence de tout cadre légal ou réglementaire dans le domaine de la sanction font que l’autorité cède le pas devant l’individualisme forcené. C’est en fait le contrat social qui est ainsi foulé aux pieds.
Pour notre syndicat, il est plus que temps de poser un cadre légal auquel se référer.
L’autorité est un enjeu majeur

Le savoir a été au centre de l’École. Autrefois, l'enseignant, de par ses connaissances scientifiques, faisait autorité. Cette autorité, conjuguée à celle que confère la loi, permettait aux enfants d’exercer leur métier d’élève sereinement. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas: l’effort, le respect de la règle, les exigences de travail pour parvenir à apprendre sont vécus comme des injustices. Il est temps que l’autorité redevienne la garantie d’émancipation et de liberté qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être.
Se cacher derrière le fait que les enfants dans les écoles sont jeunes, qu’il ne faut pas les brusquer ou qu’ils ne sont pas responsables de ce qu’ils font relève d’un aveuglement volontaire, parfois doctrinal. Aujourd’hui, dans les écoles, enfants et adultes sont victimes de violences, d’incivilités, sont mordus, frappés, insultés, y compris dans les toutes petites classes. Ne rien faire pour endiguer ce mouvement serait coupable.
Des propositions pour réinstaurer l’autorité
La première réponse, celle que l’institution aime à utiliser, est celle du recours à la formation des enseignants. Apprendre à gérer les situations «à risques» et savoir comment imposer son autorité en classe sont des axes de formation que l’on rencontre parfois, quand les plans mathématiques et français laissent un peu de place.
Pour le SNE, des modules sur l’autorité et la capacité à s'affirmer face aux élèves et aux parents auraient largement leur place en formation initiale. Il faudrait néanmoins qu’une main soit également tendue sur ce sujet vers les collègues déjà en fonction. On ne réforme pas un système en laissant sur le bord de la route ceux qui le font vivre au quotidien. Les enseignants, surtout ceux du 1er degré, ont besoin de plus que cela, d’autant plus que rien n’existe officiellement en termes de sanction dans le primaire.
Au quotidien, la sanction, conséquence légale du non-respect de la règle commune, tombe sous le sens. Dans les écoles, il n’existe pas de cadre général qui fixe ce qui est acceptable ou pas et ce qui se passe en cas de non-respect d’une règle. C’est parce que ce cadre manque qu’il revient aux enseignants et aux équipes pédagogiques de s’emparer du sujet, d’instaurer des règles qui leur appartiennent. Ces règles peuvent fort logiquement être remises en question puisqu’elles n’émanent pas d’une volonté générale. Le spectre de l’autoritarisme rôde.
Notre syndicat est favorable à la constitution de protocoles clairs et d’un barème national de sanctions afin que les enseignants du primaire puissent, comme leurs collègues du secondaire, se référer à la loi face à un comportement incorrect. Un barème clair et unifié auquel les professeurs des écoles pourraient se référer constituerait une avancée pratique qui éviterait de fragiliser les enseignants à travers des procès d’intention permanents : «discrimination», «acharnement», «injustice», ces accusations fusent trop facilement contre les décisions des enseignants qui gèrent seuls ce qui relève du respect de la règle à l’école.
Une évolution profonde à mener
Dans le cadre du harcèlement, une possibilité de sanction qui ne porte pas son nom a été introduite à l’école : la suspension à titre conservatoire. Ce premier pas en appelle d’autres. En effet, une règle dont la violation demeure sans conséquence n’est pas une règle : c’est un décor, une illusion qui ne protège que ceux qui y croient et invite à son non-respect.
Voilà pourquoi le SNE milite pour la possibilité de donner aux directeurs le pouvoir d’exclure provisoirement un élève, à titre conservatoire, en cas de violences répétées, intentionnelles ou non, envers les adultes, à l’instar de ce qui est déjà possible en cas de violence intentionnelle entre enfants. Cela permettrait de montrer à tous que le non-respect des règles est suivi d’effets concrets.
Travailler dans un cadre défini, où les règles sont posées, connues et respectées sous peine de sanction serait bénéfique pour tous et simplifierait les relations entre enseignants, élèves et parents.
Les revendications du SNE en matière d’autorité :
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des moyens réglementaires réels
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un cadre national clair et protecteur
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la possibilité de suspension à titre conservatoire d’un élève qui répète des actes violents envers les adultes comme cela existe déjà depuis août 2023 dans les cas de harcèlement entre élèves.
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un soutien explicite de l'administration aux personnels face aux contestations et aux violences.
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une formation initiale et continue cohérente et ambitieuse
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