ACTUALITÉS NATIONALES
28 avril 2026
Le redoublement et ses effets
Pour des raisons pratiques, on utilisera le terme «redoublement» dans cet article, là où il conviendrait de parler de «maintien».
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Rappels historiques
En France, la pratique du redoublement était très ancrée dans les années 1960 et 1970.
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La proportion des redoublements a considérablement diminué pour passer à 25% en 1990 et à 5,1% en 2024.
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Entre 2014 et 2018, les redoublements sont devenus quasiment impossibles à l’école primaire française, suite à la parution du décret n° 2014-1377 du 18 novembre 2014.
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Aujourd’hui, le pourcentage d’élèves français qui ont été maintenus se situe dans la moyenne des pays de l’OCDE.
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Qui décide d’un redoublement aujourd’hui ?
La parution du décret n° 2024-228 du 16 mars 2024 relatif à l'accompagnement pédagogique des élèves et au redoublement a rendu le pouvoir de décision au conseil des maîtres en ce qui concerne les maintiens et les raccourcissements de cycle :
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L’avis de l’IEN n’est plus requis sauf:
– Pour un second maintien ou second raccourcissement de cycle durant la scolarité primaire;
– Pour tout maintien ou tout raccourcissement de cycle pour un élève en situation de handicap.
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Le Conseil des Maîtres se prononce sur le passage ou non en classe supérieure et adresse sa décision aux parents (après en avoir discuté préalablement avec eux, au plus tard fin du 2ème trimestre ou du premier semestre). Les parents ont 15 jours pour intenter un recours auprès de la commission départementale d’appel (voir l'article D321-8 du code de l’éducation).
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Le redoublement n’est pas une panacée
La note n° 15 du CSEN de janvier 2026 pointe le coût financier très élevé assumé par la collectivité en cas de redoublement. Elle constate une proportion plus importante de garçons parmi les redoublants. Enfin, elle souligne que les redoublants sont souvent issus des milieux sociaux les moins favorisés.
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La note insiste sur le fait que le redoublement présente un effet limité s’il n’est pas accompagné de mesures d’aide. De plus, les études semblent montrer qu’un élève ayant redoublé obtiendra sensiblement les mêmes résultats à un test passé quelques années plus tard que s’il n’avait pas redoublé. Sa scolarité aura, en revanche, été perturbée, de même que ses chances d’obtenir un diplôme, sans parler de sa motivation ni de son entrée dans la vie professionnelle, qui sera probablement retardée.
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Alors que faire pour les équipes ?
La pratique du redoublement est encadrée par des textes qu’il convient de respecter. Ces textes font confiance aux équipes pédagogiques pour décider de la pertinence d’un redoublement.
L’avis de l’IEN peut être requis, certes, mais ce n’est qu’un avis consultatif. Les équipes ne sont pas tenues de le suivre.
Il est nécessaire de réaliser, aussi bien pour les équipes que pour les inspecteurs, que nous avons changé d’époque: la décision se prend au plus près de l’élève. Aujourd’hui, c’est le conseil de maîtres qui décide du redoublement. Libre aux parents d’accepter cette décision ou de la refuser. Ce n’est que si elle emporte l’adhésion de l’équipe, de la famille et de l’élève que l’année de redoublement peut être profitable à l’élève.
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En plus d’avoir été accepté par toutes les parties concernées, pour que le redoublement puisse avoir des effets positifs, il doit impérativement être accompagné de mesures concrètes d’étayage pédagogique, à travers un PPRE, éventuellement complété par d’autres dispositifs tels que les stages de réussite. Réussir un redoublement n’est une mince affaire ni pour les élèves, ni pour les enseignants.
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Au SNE, nous faisons confiance à l’intelligence collective. Nous voulons croire qu’aucun enseignant n’applique le «redoublement sanction», d’autant plus en primaire où le redoublement est souvent synonyme d’une seconde année avec le même enseignant. Proposer un redoublement, c’est donc s’engager à modifier son approche pédagogique l’année suivante pour que ce redoublement puisse être profitable à l’élève. Sans cela, cette année redondante sera inutile, coûteuse et source de démotivation pour l’élève concerné.
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