ACTUALITÉS NATIONALES
28 mai 2026
Surchauffe à l’école
Ce que disent les textes
Il n’existe pas de seuil de température minimum ou maximum au-delà duquel on ne peut faire classe. Dans le code du travail, les seules indications données sont les suivantes :
Article R. 232-6 «Les locaux fermés affectés au travail doivent être chauffés pendant la saison froide. Le chauffage doit être assuré de telle façon qu’il maintienne une température convenable et ne donne lieu à aucune émanation délétère».

Art. R. 235-2-9 «Les équipements et caractéristiques des locaux de travail doivent permettre d'adapter la température à l'organisme humain pendant le temps de travail, compte-tenu des méthodes de travail et des contraintes physiques supportées par les travailleurs (…).»
Il découle de ces textes qu’il est de la responsabilité de l’employeur de mettre en œuvre les mesures nécessaires pour protéger la santé des personnels exposés à des ambiances thermiques excessivement élevées ou basses. Cette responsabilité est partagée par la commune en ce qui concerne les locaux scolaires et leur équipement.
Le décret du 27 mai 2025 impose aux employeurs, en cas d’alerte jaune, orange ou rouge :
- d’adapter l'organisation du travail, les locaux et les horaires,
- de mettre en œuvre des moyens techniques pour réduire le rayonnement solaire,
- de mettre à disposition de l'eau potable fraîche et des équipements de protection individuelle,
- d’informer et former les personnels.
Pour notre syndicat, ces mesures sont tout à fait insuffisantes. L’Etat prescrit mais ne s’engage pas, notamment en matière d’adaptation de l’organisation du travail. Seules des règles précises, contraignantes, accompagnées d’un budget conséquent pourront améliorer le confort thermique des écoles.
Une température convenable, adaptée à l’organisme humain
L’INRS (Institut National de Recherche et de Sécurité), organisme scientifique et technique qui produit des études dans le domaine de la prévention des risques professionnels, indique dès 2011 dans Conception des lieux et des situations de travail :
«L’inconfort en été (…) se traduit à partir de 26°C par une baisse de productivité, engendre une fatigue excessive au-delà de 30°C et peut ensuite nécessiter l’évacuation du personnel à partir de 33°C en cas de défaut prolongé de renouvellement de l’air»
Le SNE encourage les équipes à ne pas sous-estimer la souffrance engendrée par la chaleur au travail, tant pour les élèves que pour les personnels. Il est non seulement légitime de désirer travailler dans les meilleures conditions possibles mais aussi indispensable de préserver la sécurité de tous.
Les effets de la chaleur sur la santé
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Les effets physiques
Une température excessive peut entraîner divers symptômes, plus ou moins graves, qui peuvent aller du gonflement des membres inférieurs au coup de chaleur (élévation de la température du corps au-delà de 40°C), une urgence vitale. Ces symptômes sont aggravés par certains facteurs (âge, maladies cardiovasculaires, respiratoires, rénales ou endocriniennes, obésité et prise de certains médicaments). Leur survenue est très variable selon les individus.
Dans un avis rendu public le 1er juin 2020, le HCSP (Haut Conseil à la Santé Publique) indique : «Les enfants sont vulnérables à la chaleur, surtout si elle est extrême. La vulnérabilité est plus grande chez les jeunes enfants (0-4 ans) et chez ceux atteints de pathologies chroniques. Cependant la mortalité liée aux épisodes caniculaires ne semble pas plus élevée chez l’enfant.»
La sensibilité face à la chaleur étant très variable d’un individu à l’autre, il est important de ne pas sous-estimer les symptômes et de consulter son médecin si nécessaire.
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Les effets psychiques
L’INRS, dans un article de juin 2019, indique que «les données publiées sur l’altération des performances cognitives lors de l’exposition à la chaleur sont hétérogènes, mais en faveur d’effets sur les processus cognitifs, mnésiques et attentionnels qui surviendraient plus précocement que les pathologies évoquées précédemment (ndlr : les effets physiques). Ces altérations (…) engendrent un ralentissement de la productivité par baisse de la concentration et une incapacité à accomplir des tâches mentales, et peuvent conduire à une irritabilité et des modifications de l’humeur.»
Pour le SNE, cet élément est primordial. On peut présenter la meilleure séance du monde, issue des pédagogies les plus pointues et des programmes les plus fraîchement élaborés, tout cela ne sert à rien si les élèves sont dans un état de léthargie cognitive.
Ambiance chaude et grossesse
Pendant la grossesse, la température fœtale est supérieure de 0.5 à 1°C à celle de la mère. Il est indispensable que la température de la mère ne monte pas pour que la chaleur du fœtus puisse s’évacuer. L’INRS indique l’existence de plusieurs études associant différentes pathologies de l’enfant à des vagues de chaleur pendant la grossesse ou à des épisodes de fièvre chez la mère, notamment pendant le premier trimestre.
Si vous êtes enceinte et travaillez dans une ambiance chaude, ne sous-estimez pas la gravité de la situation. Consultez votre médecin. Vous pouvez également entrer en contact avec le médecin de prévention de votre DSDEN (contactez votre section SNE pour les coordonnées).
Quelles adaptations pour les écoles de France ?
Le «Fonds Vert» (dont le montant a été divisé par 3 ces deux dernières années) peut être mobilisé par les communes pour améliorer le confort thermique des écoles. La cellule «bâti scolaire» du ministère a publié, en juin 2020, un guide à l’intention des collectivités intitulé «Améliorer le confort thermique des bâtiments scolaires pendant les vagues de chaleur».
C’est un outil précieux si la commune veut entreprendre des travaux. Dans ce cas, nous vous conseillons de vous y référer lors de vos échanges avec la mairie afin de vous assurer qu’elle ne se fourvoie pas, par souci d’économie ou simplement par méconnaissance des phénomènes thermiques. Les solutions proposées sont diverses et techniquement détaillées, c’est une mine d’informations.
Il indique, par exemple, que les rideaux dits occultants «ne constituent en rien une protection solaire quand ils ne génèrent pas un plus grand inconfort (augmentation de l’effet de serre et surchauffe des systèmes de protection solaire).»
Il est toutefois conseillé de disposer d’une pièce équipée d’un système de climatisation : « Il serait pertinent de retenir les espaces fermés dont la surface est importante, comme les réfectoires ou encore les halls d’accueil, afin de pouvoir accueillir un grand nombre d’élèves et/ou de prévoir un roulement des classes dans cette pièce afin de permettre aux organismes de baisser en température à un moment de la journée et de limiter les impacts d’une exposition à de fortes chaleurs sur la durée.»
Cette préconisation a le mérite d’être lucide sur les enjeux de notre époque. Elle vise à limiter l’impact de l’activité humaine sur son environnement tout en s’assurant d’avoir les moyens de préserver la santé de toutes les personnes travaillant dans les écoles. Le SNE partage cette préoccupation.
Le guide rappelle cependant que la climatisation des locaux est le critère prédominant pour évaluer le confort thermique d’un bâtiment : «Tous ces facteurs n’ont pas le même poids dans l’analyse ; à titre d’exemple, un bâtiment dont les locaux bénéficient d’un dispositif de rafraîchissement (climatisation…) pourra proposer un excellent confort d’été indépendamment des autres facteurs.»
Ce que propose le SNE
Si des solutions existent pour améliorer le confort thermique des écoles, rien ne contraint les communes à les mettre en œuvre. C’est pourquoi nous préconisons :
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l’établissement d’un score de confort thermique par école. Ce score serait établi à partir d’un diagnostic, à l’image du DPE pour les logements. Il serait réalisé dans toutes les écoles de France. Un score minimum serait imposé, selon les régions. S’il n’était pas atteint, une obligation de rénovation pourrait être prononcée. Ce score de confort thermique servirait par ailleurs de repère, en cas de fortes chaleurs ou de canicule, pour prendre des mesures ciblées et anticipées, allant jusqu’à la fermeture de l’école.
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Des seuils de températures relevées en classe.
Parallèlement, notre syndicat milite pour qu'une température minimale et qu'une température maximale soit fixées en-deçà et au-delà desquelles l'accueil ne soit pas réalisé.
Ces contraintes seraient de nature à encourager fortement les communes à améliorer le confort thermique de leur école et à protéger élèves et personnels.
Sans cela, les conditions de travail des enfants, des enseignants et des AESH de certaines régions resteront problématiques et très dépendantes de la volonté politique des communes.
Que puis-je faire ?
A court terme
Les consignes ministérielles relèvent du bon sens. Vous pouvez les consulter sur :
Pour le SNE, dans une situation de chaleur extrême, il faut garder à l’esprit que la santé passe avant toute considération pédagogique. S’il faut passer l’après-midi sous les arbres à pratiquer une activité calme et peu exigeante intellectuellement, voire à jouer à des jeux de société, ou encore s’arroser, il ne faut pas hésiter. Tant pis pour le programme. De toute façon, la chaleur excessive impacte fortement les capacités cognitives des élèves.
Le signalement d’une situation problématique par une fiche RSST peut permettre de trouver des solutions à court terme (fourniture de ventilateurs par la mairie, ou de climatisations portatives…).
A plus long terme, l’avis et les conseils du SNE
En attendant, le seul moyen d’obtenir des travaux d’amélioration du confort thermique sera donc la persuasion.
Nous vous conseillons d’appliquer la méthode suivante, déjà éprouvée dans plusieurs écoles :
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Relever (cycle1) ou faire relever par les élèves (cycle 2 ou 3) la température maximale dans la classe aux mois les plus chauds de l’année.
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Avec les plus grands, cela peut conduire à produire un graphique sur papier millimétré.
Présenter ce graphique chaque année au dernier conseil d’école, avec photocopies aux parents et à la mairie.
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Il n’est pas nécessaire de demander quoi que ce soit, les parents d’élèves devraient prendre le relais de manière tout à fait légitime.
Dans tous les cas :
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Toujours considérer la mairie comme un allié. Cette dernière n’a pas d’obligation en termes de confort thermique, il faudra donc faire preuve de tact et de diplomatie courtoise. Passer par le biais des élèves est un moyen de jouer sur la corde affective. Le relais des parents d’élèves permet à l’équipe enseignante de ne pas se placer en opposition avec la municipalité. Se fâcher serait contre-productif.
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L’amélioration du confort thermique peut représenter un gros investissement. Il faudra donc être patient et attendre peut-être plusieurs années.
La multiplication et l’intensification des épisodes de chaleur posent donc des problèmes dans les écoles en termes de conditions de travail, de santé et d’efficacité pédagogique. Il faut alors s’en remettre aux municipalités et dépendre une fois de plus des inégalités territoriales, de l’état des finances des communes ainsi que de la priorité qu’elles accordent à leurs écoles et aux enfants d’une partie de leur électorat. Nul doute que si les élèves avaient le droit de vote, toutes les écoles de France seraient déjà climatisées…
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