ACTUALITÉS NATIONALES
4 juin 2026
L’augmentation du SMIC : jusqu’où le salaire des enseignants va-t-il se déprécier ?
Quarante années de déclassement
Dans les années 1980, un professeur débutant gagnait 2,17 fois le SMIC. En 2022, un professeur débutant ne percevait plus que 1,14 fois le SMIC. En juin 2026, le salaire d'un professeur débutant n'est plus que de 1,04 fois le SMIC. Autrement dit : devenir enseignant rapporte désormais à peine plus qu’un salaire minimum (hors ISAE).
Pendant les années 1990, la création du corps des professeurs des écoles et les diverses revalorisations avaient permis une réelle amélioration de la rémunération des PE par rapport aux instituteurs.

Mais cette dynamique s’est progressivement éteinte, jusqu’à disparaître totalement aujourd’hui.
À première vue, la création de la classe exceptionnelle et l’accès facilité à la hors-classe donnent l’illusion d’une progression salariale. La réalité est toute autre : un professeur, qu’il soit des écoles ou certifié, au dernier échelon de la hors-classe gagne aujourd’hui moins qu’un professeur certifié au dernier échelon de la classe normale en 1982.
Au fil des réformes, les nouveaux grades finissent par offrir des rémunérations comparables (voire inférieures) à celles des anciens.
Une chute lente… mais continue
Le problème est structurel. Le SMIC augmente automatiquement avec l’inflation. À l’inverse, le salaire des fonctionnaires dépend de la valeur du point d’indice, gelée durant une grande partie des années 2010 et inchangée depuis juillet 2023.
Les mesures récentes (bonification indiciaire en 2024, hausse de l’ISAE) ne compensent pas cette perte de pouvoir d’achat. Elles permettent tout au plus de freiner le décrochage et ne comptent pas de la même manière à l’heure de calculer le montant de la pension de retraite.
Au jeu de la comparaison européenne, le constat est brutal : un enseignant débutant allemand gagne environ deux fois plus qu’un enseignant débutant français. La plupart des pays voisins, comme l’Espagne ou la Belgique, offrent des rémunérations nettement plus attractives également.
Les conséquences sont aujourd’hui extrêmement visibles
Le déclassement des enseignants n’est pas une impression : il s’agit d’une réalité mesurable.
● Aux concours de recrutement 2025, plus de 1 700 postes dans l’enseignement public n’ont pas été pourvus.
● Selon l’enquête TALIS 2024, seuls 4 % des enseignants français estiment être reconnus par la société, contre 22 % en moyenne dans l’OCDE.
Et pourtant, malgré des conditions de plus en plus difficiles, les enseignants restent profondément attachés à leur métier : en 2022, 79 % d’entre eux se déclaraient encore satisfaits de leur profession.
Revaloriser pour recruter, une nécessité
Cette spirale de dépréciation n’a rien d’inéluctable. Elle résulte de choix budgétaires répétés. Depuis quarante ans, la masse salariale enseignante sert de variable d’ajustement au sein du plus grand ministère de l’État.
En ce sens, la réforme du concours à bac+3, déployée pour la session 2026, tente de masquer la crise du recrutement sans consentir au moindre effort financier. Pour le SNE, ce calcul à court terme est un miroir aux alouettes.
On ne restaurera ni l’attractivité du métier, ni la qualité du recrutement sans une politique ambitieuse de revalorisation salariale des enseignants et notamment des enseignants du premier degré.
Attirer de nouveaux enseignants, fidéliser ceux qui exercent déjà, redonner du sens et de la reconnaissance au métier : tout cela passe par des salaires à la hauteur des responsabilités confiées aux enseignants et par une amélioration de leurs conditions de travail, un autre chantier d’ampleur.
.png)