ACTUALITÉS NATIONALES

13 juin 2018

Un goût d'inachevé...

Syllabique et fondamentaux, scolarité obligatoire à 3 ans,

profession délabrée : des évidences pour le SNE.

Première évidence : une évidence pédagogique

 

Le SNE se réjouit de la parution le 26 avril 2018 des 4 priorités pour renforcer la maîtrise des fondamentaux et du guide « Pour enseigner la lecture et l’écriture au CP » : lecture-écriture-grammaire-vocabulaire, calcul et résolution de problèmes, enseignement explicite, cadrage de l’enseignement de la lecture… Il était temps de sortir de modèles pédagogiques contre-productifs ayant largement démontré leurs limites et conséquences dramatiques sur le niveau de nos élèves et de revenir au bon sens. Un cadrage national n’est pas antinomique de la liberté pédagogique. Il constituera en outre une interface limitant les incompréhensions entre les enseignants et la hiérarchie. Les élèves et les familles ont plus que jamais besoin d’un enseignement structuré, de repères clairs, de manuels scolaires. Dans le livret « Pour enseigner la lecture et l’écriture au CP », nous apprenons qu’en France, le nombre d’orthophonistes a augmenté de 72% entre 1995 et 2010 ! Il était temps de se rendre à l’évidence, non ? Les professeurs n’auront plus à se cacher pour enseigner en recourant à des leçons structurées et explicites. Quel meilleur projet de classe que lire-écrire-compter ? Steve Bissonnette, chantre de l’enseignement explicite, professeur au Département d’éducation à la TELUQ, dont il est fait référence maintes fois dans le guide « Pour enseigner le lecture et l’écriture au CP », n’hésite d’ailleurs pas à remettre en question les pédagogies constructivistes, comme la pédagogie par projets (1).

Quelle pédagogie a encouragé la fuite vers le privé ? Celle qui nous a conduit si bas dans les classements internationaux. Contrairement à d’autres organisations syndicales, le SNE  pense qu’il est irresponsable de continuer et vouloir continuer ce qui ne marche pas et qu’il est déplorable de se focaliser sur une prétendue remise en question de notre liberté pédagogique. (2)

Deuxième évidence : il vaut mieux prévenir que guérir

Un euro engagé avant 5 ans, cela représente 8 euros d’économisés pour plus tard dans le traitement de la difficulté selon notre Ministre. Les Assises de la maternelle sont venues réaffirmer le rôle primordial de l’école maternelle dans la réussite scolaire en élémentaire et dans le secondaire. L’obligation de scolarité à 3 ans marquera l’histoire de notre pays et le SNE ne pouvait que l’accueillir favorablement. Comment ne pas demander l’obligation à 3 ans avec toutes les menaces qui pèsent sur la pérennité de l’école maternelle publique depuis tant d’années ? D’autant plus après la parution de la note d’analyse de France Stratégie Un nouvel âge pour l’école maternelle ? sortie quelques jours avant les Assises.

 

Le SNE, avec son partenaire le SNALC, a été la seule organisation syndicale à saluer une décision permettant de préserver nos emplois de professeurs des écoles pour les enfants de 3 à 6 ans. Mais personne n’est dupe. Boris Cyrulnik lui-même n’a cessé de répéter durant ces deux journées « Rêvons de l’école maternelle de demain.»  Sans les moyens humains et matériels nécessaires (un RASED renforcé et présent régulièrement dès la petite section, une ATSEM à temps plein pour accompagner chaque professeur, des effectifs de classe dignes par rapport aux autres pays de l’OCDE), l’obligation de scolarité à 3 ans ne fera qu’augmenter les taux de présence dans des classes à plus de 30 élèves, ce qui est incontestablement et indubitablement incompatible avec une priorité portée sur le langage et l’épanouissement.

Troisième évidence : le Ministère reste sourd face à notre malaise

Une direction d’école plus que jamais haillonneuse depuis la disparition des contrats aidés ; des décharges totales de direction qui deviennent des demi-décharges pour 3 élèves de moins ; le retour de la journée de carence alors qu’une médecine du travail effective reste encore et toujours espérée tel un miracle ; des conditions d’exercice et des effectifs incompatibles avec une différenciation et une intégration réussies ; un PPCR qui laisse un goût amer à ceux qui n’accèderont jamais à l’opaque Classe Exceptionnelle ou à ceux qui devaient passer au grand choix ; des avis d’IEN pour l’accès à la hors classe vécus comme injustes ; la suggestion d’une deuxième journée de solidarité, alors que la plupart des professeurs effectuent bénévolement bien plus de 2 journées de prérentrée, encore un point sur lequel l’administration reste aveugle ; des temps partiels sur autorisation refusés pour récupérer des postes ; une formation initiale et continue loin d’être à la hauteur  et en adéquation avec les exigences et réalités de notre métier ; des Titulaires Remplaçants directement gérés par la DSDEN ; etc, etc. Le Rapport de juin 2015 de l’IGEN et l’IGAENR sur le Fonctionnement et le Pilotage de la circonscription du premier degré semble ne pas avoir été enterré, loin s’en faut. (3)

Le SNE apprécie le discours pédagogique de notre Ministre mais ne peut cautionner les décisions politiques qui impactent notre profession dans ses dimensions humaines, matérielles et financières. Et la menace imminente de la réforme des retraites n’atténue en rien nos craintes, bien au contraire. Il est urgent de redorer notre profession pour redorer notre école publique et de donner des moyens à la hauteur des intentions louables.

Véronique Mouhot

secrétaire générale pédagogie SNE

 

  1. http://r-libre.teluq.ca/776/1/sbissonn-06-2010.pdf (page 29)

  2. https://www.sne-csen.net/actu-nat-2018-05-04

  3. http://cache.media.education.gouv.fr/file/2015/39/2/2015-025_fonctionnement_et_pilotage_1er_degre_494392.pdf

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