ACTUALITÉS NATIONALES

24 mars 2020

Coup de gueule : erreur d'aiguillage

Nous l’avons déjà dit, les enseignants se sont mobilisés rapidement pour assurer la continuité pédagogique et assurer l’accueil des enfants pour lesquels c’était nécessaire.

Efficaces, impliqués, investis, les profs ont endossé le costume de cadre : celui qui est capable de prendre des décisions, de faire des choix.


Notre ministère s’en est félicité dans un premier temps.

Mais voilà à présent que tout est fait comme si notre institution voulait reprendre la main : sur la pédagogie mise en place, sur les modes de communication, sur la façon de gérer l’accueil, à grand renfort de mails de tableaux et de "je compte sur votre engagement pour…" etc. Nous ne comptons plus les collègues qui reçoivent des injonctions (parfois déguisées) de la part de leur IEN, qui cherche à garder le contrôle de ses troupes…

En somme, c’est comme si on sifflait la fin de la récréation pour nous rappeler que nous sommes des fonctionnaires.

C’est une très mauvaise idée, et c’est faire peu de cas du sentiment perçu par les professionnels qui se sont engagés avec beaucoup de conviction depuis le début de cette crise.

Lorsqu'ils sont contraints de s'organiser au pied levé, les enseignants sont capables de beaucoup d'engagement, de réactivité, d'imagination, et font naturellement preuve de solidarité. Dès lors que leur hiérarchie les intime à faire la même chose, ce désir de s'impliquer cède la place à de la défiance, car les profs ont la sensation de passer de cadres à exécutants, et de devoir obéir plutôt qu’agir…

L'engagement est un choix personnel, intime, qui valorise les actes parce que la personne en est à l'origine. L'exécution de ces mêmes actes de façon contrainte est vécue a contrario comme une soumission. Dans ce cas précis, ce qui motive l'individu perd de sa substance, et celui-ci finit par devenir réticent à faire ce qu'il aurait fait de son plein gré, mû par sa seule conscience.

Alors il serait temps que notre hiérarchie prenne conscience que la confiance, cela nécessite de  lâcher la bride, de respecter la liberté d’agir et d’entreprendre, de libérer les énergies et  les initiatives.

La période que nous traversons laissera des traces : il faudra qu’elle soit le déclencheur d’une évolution structurelle de notre institution, minée par certains petits caporaux zélés et obsolètes.

Résister c'est se dévouer pour le bien commun. Mais c'est aussi se révolter contre les ordres absurdes de gens qui n'ont rien démontré.

Soyez dignes de ce que votre conscience vous dit de faire pour vos élèves. Tâchez d’avoir les actes en rapport avec vos convictions. Seule cette posture vous permettra d’être fiers de vous.

Laurent Hoefman

Président du SNE

SNE -  Syndicat National des Ecoles

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